Extrait du sacre de Malok 13 (Chapitres 1 à 5)

 

Prologue

La langue utilisée dans l’empire Malok est le Malokrian, même si de nombreux peuples ont leur propre idiome. C’est la langue officielle imposée pour toutes les démarches administratives, les échanges commerciaux ou financiers.

Dans l’empire, un peuple a la capacité d’échanger par voie télépathique. Lorsque cette communication a lieu, le texte est en italique :

Ceci est un exemple d’échange télépathique.

Les lecteurs qui ne sont pas originaires de la galaxie Mavil pourraient ne pas comprendre certains termes couramment usités dans l’empire Malok. De même ils pourraient ne pas être familiarisés avec les unités de mesures ayant cours dans la galaxie.

Pour simplifier la lecture et pour éviter de se reporter trop souvent au glossaire, l’auteur a préféré introduire les explications dans le texte.

Lorsque cela s’avère nécessaire, la définition d’un mot, sa signification particulière dans la galaxie ou pour toute précision apportée et jugée importante pour la bonne compréhension, figure en gras dans le texte :

Ceci est un exemple d’explication.

 

 

 

Chapitre 1Les dernières épreuves

  • Je ne veux être dérangé sous aucun prétexte ! Est-ce compris Capitaine ?
  • Oui Prince Darnouar, vous pouvez compter sur moi !

Sur ces mots, le Prince franchit le PUCO juste en face de lui.

Le PUCO ou Passage Unique à Contrôle Ondulatoire est un passage entre deux pièces ou deux lieux situés dans une trame spatiale différente, sur la même planète ou une autre. Il est dit unique car chaque passage possède un code qui lui est propre. Il est à contrôle ondulatoire, ce qui permet de vérifier que le passager a toutes les accréditations. Si ce n’est pas le cas, le passage reste fermé.

Aussitôt entré dans la pièce, il se dirigea directement vers un pan de mur. Arrivé devant celui-ci, il fit un geste du bras en arc de cercle de bas en haut. Une ouverture apparut alors, donnant sur un couloir éclairé, apparemment sans fin, dans lequel apparaissaient plusieurs PUCO.

Après plusieurs dizaines de dulls de marche, le prince Darnouar s’arrêta devant le dernier des PUCO. La forme, floue, vira en un voile translucide net mais ne laissant rien entrevoir de ce qui pouvait se trouver derrière.

  • Enfin nous y voilà ! murmura-t-il pour lui-même.

« Cinq cycles que j’attends ce moment. Que de chemin parcouru ! »

Le prince se souvint….

 

Le cycle correspond à la durée que met la planète pour tourner autour de son soleil et revenir à son point de départ. Il correspond à une année, dont la durée est propre à chaque planète. Ce terme générique a très vite été adopté par les voyageurs de l’espace car il est universel. Il suffit ensuite de préciser, pour la planète sur laquelle on se trouve, la durée du cycle en unité de temps.

Dans l’empire, comme dans d’autres galaxies, les unités de temps, de longueur et de masse sont basées sur l’élément le plus commun dans l’univers, l’hydrogène. Le tableau ci-dessous est une synthèse plus lisible pour le lecteur.

  Unité U x 1000 U x 1000 000 U x 1000 000 000 U / 1000
Durée Dull Dell Doll Dall Dill
Longueur Lude Lede Lode Lade Lide
Masse Mucq Mecq Mocq Macq Micq
Surface Sume Seme Some Same Sime
Volume Vure Vere Vore Vare Vire
Energie Eurt Eert Eort Eart Eirt
Température Tupe Tepe Tope Tape Tipe
Pression Punt Pent Pont Pant Pint
Angle Aush

 

Pour vous, lecteurs venant d’une petite planète appelée « Terre », située dans un système solaire du bras d’Orion de la galaxie qu’ils nomment Voie Lactée, la relation au système de mesures internationales terrien figure en fin de livre, dans le glossaire. Ceci vous permettra de rattacher les unités de base universelles aux vôtres. Pour les autres lecteurs, il vous suffira de vous référer à votre système de mesure basé sur l’atome d’hydrogène pour trouver une clé de conversion. Cet exercice est assez simple.

∞∞∞∞∞∞∞∞

  • C’est celui de vous trois qui montrera les dispositions que j’estime indispensables pour remplir le rôle d’empereur que je choisirai.

Ainsi avait parlé l’empereur Malok 12, son père, il y a cinq cycles.

Le prince Darnouar n’avait aucune chance face à ses deux frères Anouar et Cenouar.

Anouar était l’ainé et s’était toujours montré brillant tant dans les études que dans les activités sportives ou militaires.

Quant à Cenouar, le troisième des quatre fils de l’empereur, il n’était pas spécialement brillant, mais avait cette intelligence qui permet de s’entourer des personnes les plus compétentes dans n’importe quelle discipline.

Il savait déléguer et se faire obéir, si bien qu’il arrivait toujours à ses fins. Ses collaborateurs, comme il aimait les appeler, lui étaient dévoués et ne refusaient jamais de lui venir en aide.

Face à eux Darnouar faisait pâle figure !

Il était d’une intelligence moyenne, d’une petite taille par rapport à ses frères, même s’il était légèrement plus grand que la moyenne des Malokrians. Pas vraiment sportif, pas tacticien comme l’avait été Benouar, le deuxième fils de l’empereur, aujourd’hui disparu.

Mais voilà, Darnouar avait une détermination farouche et un sens de l’honneur qui ne ressemblait pas vraiment à celui de ses frères… Il arrivait toujours à ses fins, peu importe les moyens.

Et puis, il avait des informations. Des informations que ses frères n’avaient pas. De ces informations qui vous changent la vie.

Le vrai tournant dans sa vie, en fait le deuxième, s’était produit quand il avait par hasard, enfin presque, découvert le secret que son père conservait jalousement avec ses conseillers spéciaux.

Ceux qui ne parlaient qu’à l’empereur. Même ses fils, les princes, n’avaient aucun contact avec ces êtres mystérieux. Ces êtres autour desquels tant de bruits circulaient. Ces êtres dont on ne savait presque rien. Ne serait-ce que leur apparence, que personne ne connaissait. Toujours vêtus d’une grande cape noire qui ne laissait deviner que leur taille, d’environ dix ludes, ils ne paraissaient pas corpulents. Et cette capuche, noire aussi, qui recouvrait leur tête et cachait leur visage, ou ce qui en tenait lieu, accentuait le mystère.

Aucune information n’avait filtré sur leur manière de communiquer, personne ne les avait jamais entendus parler. Personne ne savait d’où ils étaient originaires. Ils avaient toujours été auprès de l’empereur, depuis Malok 1er.  Soit depuis plus de deux mille cinq cents cycles !

Après sa découverte il s’était juré d’être l’empereur suivant. Mais il y avait Anouar et Cenouar !

Anouar avait eu un accident avec son VASI.

Le VASI ou Véhicule Aérien et Sous-marin Individuel est un véhicule adapté à tous les déplacements planétaires, tant dans les airs que dans les mers. De petite taille, en forme de lentille, il n’accepte que le pilote. Il peut monter jusqu’à la limite de la stratosphère et aller jusqu’aux plus profondes crevasses sous-marines. Dans l’air, il peut atteindre des vitesses d’environ 50 lodes par dell avec des accélérations impressionnantes. Dans l’eau il peut se déplacer à environ un lode par dell, mais dans cet élément, ce n’est pas la vitesse qui est recherchée car elle entraîne un surcoût d’énergie liée au frottement et le sillage est trop visible. Bref, c’est le moyen de transport individuel le plus utilisé sur Malok.

L’examen de l’épave n’avait pas pu déterminer avec précision les causes de l’accident et les enquêteurs avaient conclu à un dysfonctionnement.

L’empereur en avait été très affecté, d’autant plus qu’Anouar était son préféré. Le savoir mort avait été une terrible épreuve qui l’avait marqué et affaibli. Ne pas connaître la cause du dysfonctionnement du VASI, d’ordinaire très fiable le minait comme la mer sape le pied d’une falaise jour après jour. A partir de ce moment-là ses apparitions en public se firent plus rares. Il restait dans ses appartements et n’en sortait que rarement. Certes ceux-ci occupaient toute une aile du palais impérial et ne comprenaient pas moins de vingt pièces. Même les proches paraissaient inquiets.

Quant à Cenouar, il avait succombé à une maladie inconnue. Tout avait commencé par une perte d’appétit, suivi d’une chute incompréhensible de ses cheveux. Cela l’avait affecté beaucoup plus qu’il n’ait voulu le laisser paraître. Chez les Malokrians la coiffure est signe de rang social.

Les pauvres sont chauves, ou presque. Plus on est important dans la société, plus la chevelure est dense et la coiffure sophistiquée.

Pour le prince, se retrouver quasiment chauve avait été une épreuve, presque une honte ! Il ne lui était plus possible de se présenter en public et son humeur s’en était ressentie.

Il s’affaiblissait de jour en jour. Même les médecins de l’empereur n’avaient rien pu faire. Tous les examens possibles avaient été faits, sans aucun résultat. Toujours la même réponse des médecins « Prince Cenouar, selon les résultats de nos examens, votre organisme est totalement fonctionnel. Nous ne pouvons pas expliquer le mal qui vous ronge. C’est malheureux à dire, mais malgré toutes nos connaissances médicales, nous sommes totalement impuissants. »

L’agonie de Cenouar avait duré environ six dolls.

L’empereur suivait l’état de santé de son troisième fils avec beaucoup d’anxiété. A chaque bilan médical qui lui était communiqué, il s’enfonçait un peu plus dans un état de morosité de plus en plus profond. Il se lamentait qu’au 12ème dall de la dynastie des Malok on ne puisse pas guérir un prince de sang impérial.

Après le décès de Cenouar, l’empereur avait paru encore plus affaibli. Il était déjà tellement marqué par la disparition d’Anouar qu’il donnait l’impression d’être un mort vivant.

Après ces évènements tragiques, le prince Darnouar restait le seul à prétendre au trône impérial, au grand dam de son père. En effet l’empereur avait toujours considéré Darnouar comme incompétent pour reprendre le trône. Selon lui, il n’avait ni l’intelligence, ni le charisme, ni la prestance nécessaire à une telle fonction.

Il était petit, par rapport à ses frères, n’était pas très beau, avait un physique quelconque et aucune prestance. Quant au charisme, il devait même en ignorer la signification !

Il avait une façon de regarder les personnes qui mettait mal à l’aise. Même l’empereur évitait de croiser son regard. Et puis cet air sournois qu’il avait en permanence était vraiment insupportable.

Il s’en était confié à ses conseillers spéciaux, mais ceux-ci n’avaient pu apporter de réconfort au vieil empereur. Il se sentait tellement seul depuis la disparition de ses deux fils tant aimés.

Le seul être avec lequel il avait encore plaisir à passer quelques dells était son COPE, Clyandre.

Le COPE ou Conseiller Omniscient Particulier de l’Empereur était un savant proche du génie qui dominait tous les aspects des sciences. Il avait su s’entourer d’équipes multidisciplinaires très performantes et arriver à les faire travailler ensemble. Lui-même avait une facilité à conceptualiser un problème et à le présenter de façon compréhensible à ses collaborateurs. Il intervenait aussi bien sur le plan militaire que médical, astronomique, énergétique, ondulatoire et toute autre discipline.

Très proche collaborateur de l’empereur, il avait toute sa confiance. Celui-ci le considérait un peu comme son ultime fils au détriment de Darnouar qu’il ne pouvait supporter.

Et puis l’empereur fut frappé d’un mal inconnu à son tour. Les symptômes ressemblaient à s’y méprendre à ceux qu’avait connus Cenouar.

Si bien que les bruits d’une malédiction avaient commencé à circuler dans les couloirs du palais.

On reparla de la prophétie, qui avait eu ses jours de gloire il y a maintenant 195 cycles, à l’arrivée sur le trône de Malok 12. Cette prophétie revenait à chaque fois qu’un nouvel empereur s’apprêtait à monter sur le trône depuis Malok 1er. Elle était apparue quelques générations après la création de l’empire.

Celui-ci avait été construit sur les ruines encore fumantes d’une civilisation autrefois très évoluée. Ces êtres, les E’psioniens avaient atteint un degré de culture bien supérieur à celui des Malokrians. Mais pour leur plus grand malheur, ils étaient pacifistes. Pas les Malokrians !

Cela avait été un vrai carnage. Les troupes du général Warnouar avaient eu pour ordre de ne laisser aucun survivant.

Les sondes envoyées sur la planète E’psion avaient révélé un monde de rêve. De vastes continents, parsemés de forêts et de grandes étendues herbeuses, séparés par des océans.

Quelques chaînes de montagne donnaient du relief à ce paysage idyllique.

Les E’psioniens vivaient dans des villes qui s’intégraient parfaitement à leur environnement. Il n’y avait pas de réseau de transport visible, ni d’appareils aériens.

Il avait fallu un quart de doll aux troupes de Warnouar pour faire disparaître toute vie E’psionienne.

Il avait alors renommé la planète Malok et s’était proclamé empereur Malok 1er.

Ainsi avait commencé l’aventure de l’empire Malokrian.

Mais peu avant le massacre de la population des E’psioniens plusieurs officiers, dont le général Warnouar, avaient entendu une voix dans leur tête. Cette voix disait « Nous E’psioniens sommes un peuple pacifique. Notre évolution nous a conduit vers le chemin de la sagesse et de l’amour. Nous combattons toute forme de violence et refusons d’opposer la violence à la violence. Seuls les peuples n’ayant pas atteint un niveau d’évolution suffisant choisissent cette voie. La violence aboutit à la mort. Celui qui la donne doit être prêt à la recevoir. »

Les officiers en question avaient tout d’abord été surpris d’entendre une voix dans leur tête. Puis ils en avaient ri. Les armes, c’était eux qui les avaient ! Et ils allaient en faire bon usage !

Dès que les premiers missiles furent envoyés, la voix s’était de nouveau manifestée.

« Vous avez choisi la voie de la violence !

Malheur à vous ! Engeance.

Lorsque le petit remplacera le grand, la galaxie connaîtra la terreur.

Le dernier des tout-petits la sauvera, en la libérant de son empereur. »

Après le massacre, le général avait regroupé ses officiers et leur avait demandé s’ils avaient entendu une voix dans leur tête avant le début de l’attaque. Ils avaient tous répondu par l’affirmative et il leur avait dit

  • Je vous ordonne de ne parler de ce message à personne ! je ne tiens pas à ce qu’il se transforme au fil du temps en une prophétie.

Il espérait ainsi que cette voix serait vite un mauvais souvenir.

Mais voilà, les choses ne se passent pas toujours comme on le voudrait ! La voix était devenue malédiction, puis prophétie au fil des générations. Et à chaque changement d’empereur elle refaisait surface, avec plus de vivacité.

Et c’est à cela que pensait Darnouar devant le PUCO.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Il se retourna et fit un geste du bras pour faire apparaître un renfoncement avec un écran sur lequel il put contempler de façon très nette son reflet. De forme oblongue avec une forte mâchoire d’où pointaient quatre canines, des yeux jaunes enfoncés dans des orbites profondes lui donnaient un air de pure méchanceté accentué par son front haut, noir, comme le reste de son visage.

Après dix dulls, l’écran s’éclaircit laissant apparaitre toute une série d’objets.

Il y avait là des couteaux à lames vibrantes, des arcs, des épées, des masses d’armes à pointes empoisonnées, des pistolasers, des fusilasers, des grenades et des mini bombes. Un arsenal des plus complet !

Darnouar choisit un épieu à doubles pointes rétractables avec réservoir à poison rempli et un couteau à lame vibrante. Ce n’était pas la peine de se charger trop ! de toute façon ce PUCO ne laissait pas passer les armes énergétiques. Donc adieu les pistolasers, fusilasers et autres grenades ou mini bombes ! un panneau glissa et les armes apparurent sur une tablette.

Il franchit le PUCO et se retrouva dans un environnement totalement différent et inconnu. Inconnu ? Pas vraiment car il savait sur quel lieu ouvrait le dernier PUCO. Il s’agissait de la planète Prim. Une des planètes de l’empire.

Elle tirait son nom de sa faune et de sa flore. Troisième planète du soleil Ondo elle abritait une flore luxuriante avec des arbres immenses dans des forêts primaires ainsi qu’une faune constituée principalement de reptiles de type dinosaure. En bordure de forêt se trouvaient de grandes prairies mais aussi parfois des déserts.

C’est justement au bord d’un de ces déserts que Darnouar avait été amené par le PUCO.

Aussitôt sur ses gardes, il fit un tour sur lui-même, épieu pointe en avant.

« Rien de visible. »

Il savait que cette ultime épreuve serait aussi la plus difficile. C’est Clyandre en personne qui lui avait préparé ce programme. « Si vous réussissez toutes les épreuves, prince Darnouar, vous serez prêt pour prendre la suite de votre père ».

Il avait eu droit à tous types d’épreuves censées évaluer les aptitudes d’un candidat au poste d’empereur. Rien que ça !

Il avait dû se sortir d’un labyrinthe en perpétuel mouvement, résoudre une énigme pour sortir d’une pièce dont les murs se rapprochaient, rester de marbre pendant que des serpents venimeux lui passaient sur le corps, supporter une dose de douleur définie par une machine selon des critères obscurs, combattre quatre soldats dans une ville en ruine.

Il en était sorti vainqueur à chaque fois. Clyandre semblait fier de lui et suivait avec un intérêt tout particulier chacune de ces épreuves.

Mais maintenant c’était l’épreuve ultime. Il devait combattre à armes blanches un caméraptor.

Considéré comme l’animal connu le plus dangereux, il mesurait environ dix ludes de haut et se déplaçait sans bruit, se fondant dans son environnement au point qu’il était difficile à repérer. Il se marchait sur ses pattes arrière en se servant de sa queue comme balancier et pouvait réaliser des pointes à un demi lode par dell. Il pouvait sauter à plus de 50 ludes et possédait des griffes très coupantes d’environ un lude de long aux pattes arrière. Pour compléter le tableau, il avait une dentition très impressionnante d’environ 80 dents acérées et coupantes. Doté d’un bon odorat et d’une ouïe très fine, il repérait de loin ses proies.

Un bruit infime fit sursauter Darnouar. Sur un rocher à vingt ludes du Prince un insecte venait de se poser.

« Sois moins nerveux, sinon tu ne le verras pas arriver ! »

Au même moment, de l’autre côté du rocher, un caméraptor observait l’insecte….

∞∞∞∞∞∞∞∞

L’empereur se sentait de plus en plus faible. De toute façon, il n’avait plus vraiment envie de se battre. Pour qui, pour quoi ? Ses fils bien aimés étaient morts. Il ne restait plus que Darnouar, ce fils qu’il n’avait jamais ni apprécié ni compris et qui maintenant lui faisait peur.

Ces derniers cycles avaient été les plus durs de toute sa longue vie. 250 cycles déjà dont 195 en tant qu’empereur. Que de chemin parcouru ! Depuis qu’il était à la tête de l’empire, celui-ci s’était développé comme jamais. Il dominait maintenant la galaxie, soit plus d’un million de planètes habitées, réparties en dizaines de milliers de peuples différents. Après des cycles de conquêtes avait suivi un demi dall de paix avec à la clé un développement dont tous les peuples avaient bénéficié

Oh, il n’était pas dupe pour autant ! Au moindre signe de faiblesse de l’empire, les peuples retrouveraient leur liberté. Fini les contraintes de l’empire, plus d’impôt impérial, plus de commerce imposé, plus de contrôle dans les voyages interstellaires.

Il fallait maintenir le contrôle dans l’empire, sinon c’était la fin. Pas tout de suite, mais petit à petit, elle arriverait de façon insidieuse par le biais de quelques refus de contrôle par-ci, quelques entraves aux règles du commerce par-là, puis plus tard un peu plus de contrebande et enfin une rébellion planétaire.

Mais bizarrement cela ne l’affectait plus. Il pouvait y avoir toutes les rébellions du monde, il s’en moquait comme de son premier VASI.

Clyandre se fit annoncer. L’empereur dut se concentrer sur la raison de sa présence. Après quelques instants il se souvint qu’il l’avait fait mander.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Le général Winchur se présenta devant le capitaine Maifort qui se mit au garde à vous. Le capitaine se tenait devant le PUCO qu’avait emprunté le prince Darnouar.

  • Capitaine, libérez le passage, c’est un ordre !
  • Impossible Général, le prince Darnouar m’a ordonné de ne laisser passer personne, sans exception !
  • Capitaine, par ordre express de l’empereur en personne, je vous ordonne de me laisser le passage. Tenez, voici l’ordre en question, dit le général en présentant son BREF.

Sans même regarder le BREF du général, le capitaine opposa encore un refus.

Le BREF ou Bracelet de Réception et d’Emission à Fonctions multiples était un appareil qui permettait d’envoyer et de recevoir tout type d’information. Le BREF pouvait aussi mettre en relation auditive et visuelle n’importe quel autre porteur du même type d’appareil. Il lui suffisait de demander à être mis en relation avec la personne qu’il souhaitait joindre. Lorsque son porteur voulait montrer un document, il lui suffisait de nommer ce document et de présenter son poignet où se trouvait le BREF. Le document semblait sortir de l’appareil et pouvait être lu, déplacé ou retourné dans un rayon de cinq ludes autour du BREF.

  • Capitaine, à trois je franchis le PUCO. A vous de choisir si vous voulez me voir le franchir ou pas !
  • Un, deux, trois ! le général fit un pas en avant et le capitaine ne s’y opposa pas.

Il se mit à courir, le temps pressait. Il fallait absolument qu’il arrive à temps.

Clyandre lui avait expliqué en quelques phrases ce qu’il devait chercher et comment y arriver au plus vite. Mais plus il avançait plus il avait l’impression qu’il arriverait trop tard.

On ne survivait pas à l’attaque d’un caméraptor. Personne n’avait jamais survécu ! Alors, le prince Darnouar, n’en parlons même pas ! il n’avait jamais montré de capacités physiques remarquables. Or c’était le minimum pour se mesurer à un tel adversaire.

Enfin il atteignit le dernier PUCO. Il le franchit s’en se poser de question, un pistolaser à la main.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Clyandre était dans tous ses états.

« Ça s’annonce mal » pensa t’il.

« Si le prince découvre que le général Winchur a obtenu de l’aide, il va comprendre que c’est moi qui lui ait fournie. Il faut absolument que je mette Lova’m en sécurité. Qui sait ce que peut faire ce diable de Darnouar ? »

Il se précipita vers la zone résidentielle du palais où il avait son appartement en tant que COPE.

« Plus qu’un lede et j’y serai enfin. »

Il maintenait une allure soutenue. Pas vraiment sportif, il commençait à manquer de souffle. Il regrettait alors de n’avoir pas pris le temps de sauter sur un VIPI.

Le VIPI ou Véhicule Individuel du Palais Impérial était constitué d’une petite plateforme sur laquelle montait la personne. Dès qu’elle était dessus, la plateforme se soulevait d’environ un demi lude. Pour diriger le VIPI, rien de plus simple ! Il suffisait d’exercer une pression de l’avant des pieds pour avancer. Pour tourner, il suffisait d’appuyer sur le pied du côté où on voulait aller. Pour freiner, il fallait exercer une pression des talons. Les VIPI n’étaient pas faits pour se déplacer très vite. Dans le palais impérial la vitesse maximale était limitée à 300 ledes par dell.

Les vingt dulls qu’il aurait perdu à trouver l’appareil seraient vite rattrapés et il ne serait pas dans un tel état !

« Encore un demi lede, allez courage !»

Soufflant et transpirant, Clyandre s’efforçait de maintenir l’allure, comme si sa vie en dépendait.

« Dans deux cent cinquante ludes j’y serai, et après tout redeviendra normal. »

Il voyait le couloir former un angle. Le dernier avant de retrouver Lova’m.

A peine avait-il fait cinquante ludes de plus qu’un R3I descendit du plafond et le ceintura pour l’emmener illico presto en sens inverse.

Le R3I ou Robot Impérial d’Intervention Immédiate, était un robot spécial, uniquement aux ordres de l’empereur. Personne ne pouvait modifier un ordre reçu par un R3I. Et pas question d’essayer de le détruire car il émettait un signal sur une longueur d’onde spécifique. Dans les dulls qui suivaient, l’agresseur se retrouvait littéralement entouré de R3I.

Clyandre avait beau se débattre, hurler pour que le R3I le libère, faire état de son poste de COPE, rien n’y fit. Le R3I ne répondait qu’à l’ordre impérial et personne ne pouvait y changer quoi que ce soit.

Dire que c’est lui qui avait proposé à l’empereur cette solution pour le moins originale.

Les personnes se déplaçaient dans le palais impérial soit sur des VIPI, soit à pied.

Pour les déplacements rapides, les VIPI utilisaient le couloir de droite dans le sens du déplacement. Puis les couloirs à la gauche du plus rapide pour les vitesses moyennes.

Les personnes désirant se déplacer à pied empruntaient le couloir central, en général réservé aux officiels. Ceux-ci ne devaient pas paraître pressés, car ce n’était pas conforme au protocole. De plus la marche dans le couloir central permettait de parler tranquillement à l’abri des oreilles indiscrètes.

Ce que beaucoup d’invités ignoraient, c’est que les plafonds du palais impérial étaient très hauts.

L’idée de génie de Clyandre avait été de créer un deuxième niveau pour les robots, au-dessus de celui emprunté par les personnes. Un écran faisait office de plafond à trente ludes de haut, mais n’empêchait nullement une machine, grâce à ses différents capteurs, de voir au travers, ni de le franchir.

Ce système permettait également de mettre en station des R3I aux endroits stratégiques.

Et maintenant, le voilà victime de sa propre invention. Il savait très bien que se débattre était complètement inutile face à une machine de ce genre.

Le R3I le déposa délicatement au sol, dans la pièce attenante à celle où reposait l’empereur.

A peine avait-il touché le sol qu’une porte s’ouvrit et que le médecin personnel de l’empereur, le docteur Loupas, s’approcha.

  • En l’absence du prince Darnouar, l’empereur a exigé votre présence. Il se sent au plus mal. C’est une question de quelques dells, voire moins.

Clyandre s’avança dans la chambre de l’empereur et s’approcha du lit où gisait le maître de l’empire.

Le voyant ainsi, il avait du mal à imaginer que cet être dirigeait la galaxie !

Il ne bougeait pas et semblait endormi ou mort, tellement sa respiration était faible.

Clyandre hésita à avancer plus, mais le médecin lui fit signe de s’approcher tout près du lit.

Comme s’il l’avait entendu, l’empereur dit :

  • Approche Clyandre, viens plus près, je ne peux pas parler très fort.

Clyandre alla s’assoir sur une chaise placée à côté de la tête du lit.

  • Clyandre, méfies toi de Darnouar. Il sera bientôt empereur et je m’attends au pire. Il est mauvais, sournois et manipulateur. Je le crois capable de tout pour se maintenir au pouvoir.

L’empereur toussa et ferma les yeux.

Clyandre attendait qu’il reprenne quelques forces avant de poursuivre.

« L’empereur a raison, je dois me méfier de Darnouar et encore plus de ses PHOUINES.»

Les PHOUINES, ou Personne Habilitée à Obtenir Une Information Nouvelle Et Secrète, constituaient une section d’espions créée par Darnouar. Ils pouvaient se trouver n’importe où. Grâce à eux il avait pu obtenir des secrets que l’on croyait inviolables et faire chanter des personnes très haut placées, donc très influentes. Ce qui lui avait permis de placer ses agents dans des postes clés.

  • Il y a encore une chose que tu dois savoir Clyandre. Cette information ne doit être révélée qu’au futur empereur. Mais Darnouar n’est pas là et j’ai totalement confiance en toi, de plus je sens ma fin venir.

Clyandre sursauta quand l’empereur reprit. Tout à ses pensées, il n’avait pas vu le temps passer.

  • C’est au sujet de la prophétie, poursuivit l’empereur, tu la connais ?
  • Vous avez choisi la voie de la violence. Malheur à vous ! engeance ! lorsque le petit remplacera le grand, la galaxie connaîtra la terreur. Le dernier des tout-petits la sauvera, en la libérant de son empereur, récita Clyandre.
  • Ce n’est qu’une partie de la prophétie, dit l’empereur.
  • La prophétie dit que le général Warnouar et ses officiers entendirent une voix dans leur tête. Elle ne dit pas qu’ils virent aussi ce qui allait se passer.
  • Seuls les empereurs sont au courant. Le dernier en vie transmet cette information quand sa fin est arrivée. Et la mienne est arrivée Clyandre.
  • Ce secret est caché dans …

A ce moment-là l’empereur ouvrit ses yeux en grands, remplis de terreur et dit

  • Non, pas lui, pas maintenant !

Clyandre se retourna vivement et scruta la pièce. Il n’y avait rien !

  • Majesté, je ne vois rien. Qu’avez-vous vu ?
  • Là ! il est là ! il me nargue ! regarde !
  • Majesté, je vous assure, il n’y a rien !
  • Mais si, il est là ! il approche ! il va …

∞∞∞∞∞∞∞∞

Le caméraptor avait repéré sa proie depuis un moment déjà. Pas l’insecte, non ! Mais l’autre, la créature qui se tenait sur ses deux pattes arrière, comme lui. Il savait que l’insecte avait la capacité de détecter de très loin des êtres, qui bien souvent devenaient des proies pour le caméraptor. Alors, quand il avait vu l’insecte s’envoler vers le désert, il l’avait suivi. Encore une fois il avait eu raison !

Sa proie était derrière le rocher et lui tournait le dos. Mais quelque chose n’était pas comme d’habitude.

Pas la proie, non ! Car le caméraptor avait déjà croisé ce genre de créature et elle n’avait pas résisté bien longtemps. Elle était trop prévisible et bien trop lente pour lui. Mais ce qui l’avait marqué le plus, c’était son odeur et le bruit qu’elle faisait, même en respirant. Il y avait aussi ces vibrations qu’elle émettait. Le caméraptor les sentait très bien dès qu’il était assez prés.

Mais celle qu’il avait devant lui n’émettait pas de vibrations et ne faisait pas de bruit, pourtant l’odeur était là et il la voyait. Son instinct de chasseur lui souffla d’attaquer. Ce qu’il fit !

D’un bond prodigieux il sauta au-dessus du rocher et s’abattit sur sa proie pour la déchiqueter.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Le général n’eut pas le temps de tirer.

Au moment où il arriva de l’autre côté du PUCO, le caméraptor s’abattit sur le prince Darnouar.

Avant qu’il ait pu réagir, il vit le caméraptor faire un bond prodigieux en arrière. Puis il se mit à tituber et s’écroula, mort.

Tout à coup l’air devint flou et le prince Darnouar apparut, un épieu à doubles pointes empoisonnées entre les mains.

  • Général ! que faites-vous ici ? J’avais interdit que l’on me dérange !
  • Prince Darnouar, c’est votre père ! l’empereur est au plus mal, ce n’est plus qu’une question de dells. Il faut faire vite.
  • Peu importe ! les ordres que j’avais donnés au Capitaine étaient clairs.
  • Le Capitaine a fait son devoir, j’ai dû forcer le passage. Suivez-moi prince Darnouar, il est temps d’y aller !
  • Passez devant, je vous suis.

Le général fit demi-tour et examina l’écran de son BREF pour se diriger vers le PUCO.

Le BREF permettait aussi d’orienter son porteur vers le dernier PUCO emprunté. Toutefois, si celui-ci voulait emprunter un autre PUCO, il suffisait de presser une touche ou de dire « trouve moi un autre PUCO !» ou encore « trouve moi le PUCO vers telle ou telle destination ! ». Dans ce cas, une flèche semblait sortir de l’appareil et indiquait la direction à prendre. Plus le PUCO était loin, plus la flèche était sombre, puis elle changeait de couleur au fur et à mesure qu’il se rapprochait de son objectif. Elle passait ainsi du noir, au gris puis au bleu, au vert, au rouge, au jaune et enfin au blanc quand le PUCO commençait à être visible.

Il s’approcha du PUCO qui commença à se dessiner sur le fond du désert. Cela ressemblait à une zone rectangulaire où l’air semblait prendre une certaine consistance. Plus on s’approchait et plus la consistance ressemblait à un mur d’eau.  Mais cela ne mouillait pas !

Le général s’apprêta à franchir le PUCO quand il sentit une piqûre au niveau du cou. Il n’eut pas le temps de faire un geste de plus. Le poison le foudroya.

  • Votre chemin se termine ici, Général ! vous n’aurez plus besoin de ceci ! dit Darnouar en s’emparant du pistolaser que le général tenait toujours à la main.

Puis il voulut franchir le PUCO, mais la fenêtre demeura infranchissable !

« Le pistolaser, bien sûr ! Je suis passé sans arme énergétique. Je ne peux pas ressortir avec une telle arme. »

Il se retourna vers le général et s’adressa au mort :

  • Et vous Général, comment avez-vous pu passer le PUCOavec un pistolaser ? Je ne connais qu’une personne qui ait pu vous en donner les moyens.

« Clyandre, tu ne perds rien pour attendre, il va falloir que nous ayons une petite conversation. »

Darnouar avait bien pensé à trainer le général à travers le PUCO, mais il s’était souvenu que le passage fonctionnait sur un mode ondulatoire et cela impliquait que le passager devait être vivant.

Lâchant le pistolaser, Darnouar franchit le PUCO, sans aucun problème cette fois-ci.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Clyandre appela le docteur Loupas pour lui demander d’administrer un calmant à l’empereur.

  • Dans son état, cela risque de le faire dormir, dit le médecin à Clyandre.
  • Je préfère prendre ce risque que de le voir dans un tel état de terreur.
  • Qu’est ce qui a pu lui provoquer cette réaction ?
  • Je n’en ai aucune idée, mais il était effrayé. Je vais rester auprès de lui, au cas où il se réveille il vaut mieux que je sois présent.
  • Comme vous voudrez, mais cela peut être long. Il est très faible et son organisme perd peu à peu ses forces.
  • Vous n’avez donc pas découvert ce qui lui a provoqué cet état de faiblesse extrême ?
  • Non ! nous nous trouvons devant le même cas que pour le prince Cenouar. Et nous sommes tout aussi impuissants à le soulager, sans même parler de le guérir !
  • Vous avez bien une petite idée ?
  • Hélas non ! nous avons pensé à un poison chimique, puis biologique, mais nous n’avons pas trouvé la moindre trace dans son organisme. Nous avons aussi pensé à une manipulation génétique, mais là non plus, pas la moindre trace. Son génome est intact et nos appareils n’ont détecté aucune anomalie. Puis nous avons cherché un champignon, sans résultat ! les virus n’ont rien donné non plus, pas plus que les bactéries. De toute ma longue carrière ces deux cas sont les seuls que je n’aurai pas réussi à résoudre ! et il a fallu que ce soit l’empereur lui-même et un de ses fils qui en soient victimes. Quel désastre !
  • Que peut-on faire ?
  • Rien, il faut juste attendre en espérant que l’empereur se réveille.
  • Je vais rester à son chevet ! Prévenez le Grand Chambellan de la situation et demandez-lui de me faire apporter de quoi me restaurer.
  • Bien sûr COPE, il en sera fait selon vos désirs.

Le médecin quitta la chambre de l’empereur.

« Je n’ai pas le choix, je dois être présent quand l’empereur reviendra à lui. Il faut que je découvre ce qu’il a voulu dire sur la prophétie. Il y aurait donc un enregistrement de ce que Warnouar et ses officiers ont vu dans leur esprit », pensa Clyandre.

∞∞∞∞∞∞∞∞

En sortant du PUCO Darnouar se dirigea vers le renfoncement qui faisait office d’armurerie.

Il restitua ses armes et prit un pistolaser.

Revenu dans le couloir du palais, il trouva le capitaine toujours à son poste.

  • Prince Darnouar ! quel soulagement de vous voir de retour.
  • Capitaine ! j’avais pourtant été clair ! je ne voulais être dérangé sous aucun prétexte !

Le capitaine se sentit mal à l’aise. Des bruits couraient sur les méthodes employées par le prince Darnouar. Et là, il n’avait pas l’air content du tout.

  • J’ai essayé d’arrêter le Général, mais il avait un ordre express de l’empereur lui-même ! il me l’a montré sur son BREF. Le Général n’est pas avec vous ?
  • Vos excuses ne m’intéressent pas Capitaine !

Sur ces paroles, il sortit son pistolaser et exécuta le capitaine.

  • Le Général a eu un accident, dit-il. Quand il est sorti du PUCO le caméraptor lui a bondi dessus sans qu’il ait pu réagir. Enfin, c’est ce que j’ai supposé car j’étais à l’affût entre deux rochers. C’est en entendant le bruit du caméraptor en train de déchiqueter le Général que je suis intervenu et que j’ai tué le monstre. Mais il était trop tard, continua-t-il, plus pour lui-même que pour le capitaine.

Il monta sur un VIPI et prit la direction des appartements de l’empereur.

En cours de trajet, il décida de changer de direction après avoir reçu un message sur son BREF. Celui-ci disait « l’empereur est au plus mal, il est actuellement sans connaissance. Vous êtes attendu au plus vite à son chevet. Le COPE veille sur lui.

Signé le Grand Chambellan ».

Il se dirigea vers ses appartements. Il devait y prendre quelque chose avant d’aller voir Lova’m…

 

 

Chapitre 2 – Un essai qui tourne mal

  • Je veux que vous soyez rentrés avant que le jour ne tombe ! L’ordre mental du capitaine Nock fusa dans l’esprit des deux Lieutenants.
  • C’est bien compris Capitaine ! répondit Khee.
  • C’est un ordre. N’oubliez pas !
  • C’est bien compris Capitaine !

Et faites attention à vos ARMAIRO, ce sont encore des prototypes. Nous n’avons pas eu le temps de finaliser tous les tests.

Les Primiens communiquent entre eux par voie mentale (télépathie).

L’ARMAIRO ou ARMure Autonome Individuelle RObotisée est une machine de forme humanoïde d’environ 12.5 ludes de haut et d’aspect impressionnant voire terrifiant. Elle peut se déplacer sur terre, dans les airs, sous l’eau et dans l’espace interplanétaire grâce à ses propulseurs dorsaux intégrés. L’utilisation de générateurs antigravité réduit fortement les besoins en propulsion dans l’atmosphère, toutefois son autonomie ne lui permet pas d’aller d’un système solaire à l’autre. Conformément à la philosophie des Primiens, elle n’a pas d’armes d’attaque, elle est dotée d’un armement défensif très complet, ce qui rend son pilote quasiment indestructible face aux autres machines du même genre. Seuls les armements lourds peuvent en venir à bout. Un soin particulier a été donné à leur couche externe, qui ressemble à s’y méprendre à une vraie peau. Le détail a été poussé encore plus loin, puisqu’en cas de blessure l’ARMAIRO peut perdre du sang. Mais pour se présenter devant d’autres peuples, les machines portent des vêtements, plus exactement une combinaison ultra résistante.

  • C’est bien compris Capitaine !
  • Et arrêtez de répondre sans arrêt « C’est bien compris Capitaine ! »
  • C’est bien compris Capitaine ! répondit Khee.
  • Allez partez maintenant ! il vous reste quatre dells pour suivre le programme implanté dans vos ARMAIRO.

Sur ces pensées les deux ARMAIRO se dirigèrent vers une plateforme élévatrice.

  • Tu sais en quoi consiste le programme Lhoï ? demanda Khee.
  • J’ai pu avoir accès au dossier du projet ARMAIRO.
  • La nouvelle armure qui ressemble à s’y méprendre à un humanoïde de plus de 12.5 ludes de haut est d’un aspect redoutable.
  • Exactement Khee ! mais tu comprends que devant les autres peuples tout le potentiel de l’armure ne doit pas être dévoilé. Nous devons maintenir l’illusion sur notre taille et notre aspect, c’est la clé de notre sécurité. Le but du programme que nous devons suivre est de tester les limites de nos machines.

Ils montèrent sur la plateforme qui s’éleva aussitôt. Après une dizaine de dulls, elle s’immobilisa et une porte s’ouvrit, dévoilant une forêt luxuriante.

Les deux machines avancèrent de quelques dizaines de ludes et se retournèrent.

La porte, qui était taillée dans le tronc d’un arbre géant se referma.

  • Bon, maintenant voyons un peu ce qu’elles ont dans le ventre ces machines ! pensa Khee.
  • Attends, pas si vite ! Nous avons un programme à suivre. Tu sais très bien ce qui va se passer si on ne le respecte pas ! répondit Lhoï.
  • Oui, oui. Bon ça va ! d’accord, on suit le programme, mais après on fait des vrais essais pour voir ce qu’elles ont dans le ventre ces fameuses ARMAIRO.
  • Commençons par le programme. A trois on enclenche la phase 1.
  • D’accord. Trois ! 

Une fois encore Khee avait réussi à surprendre Lhoï.

Les machines s’élancèrent, tout d’abord dans une course folle. Les arbres défilaient à une allure incroyable. Et à chaque fois que Khee voyait un arbre se rapprocher à grande vitesse, il se disait « celui-là on va se le prendre ! ». A chaque fois l’ARMAIRO se déportait au dernier moment et l’évitait d’un cheveu. Dans son esprit il voyait défiler le paysage à grande vitesse et dans la partie en bas à droite toutes les informations techniques s’affichaient. Quand il vit la vitesse, il n’en revint pas.

Les Primiens se parlent mentalement entre eux, c’est aussi de cette façon que les machines de toutes sortes communiquent. Celles-ci transmettent leurs informations dans l’esprit du ou des Primiens concernés, qui sont en priorité des informations basiques et concises. Si le destinataire en souhaite plus, il le pense et la machine exécute l’ordre. Ces informations sont en priorité visuelles, quand cela est nécessaire un complément sonore est fourni.

Il cria mentalement à Lhoï

  • T’as vu, on fait du cinq cents ledes par dell en pleine forêt. C’est fou. Jamais je n’aurai cru cela possible. Elles commencent à me plaire ces machines !

Les ARMAIRO arrivèrent devant une rivière qui devait bien faire cent ludes de large. Les machines ne firent même pas mine de ralentir. Elles continuaient à courir comme si la rivière n’existait pas. Arrivées à moins de trente ludes de l’obstacle, elles s’élevèrent dans un bond prodigieux pour atterrir cinquante ludes au-delà de la rive opposée.

  • Ouah ! t’as vu le bond ! même un caméraptor ne ferait pas mieux !

Khee se sentait dans son élément.

Les machines continuèrent et se retrouvèrent peu après devant un spectacle à couper le souffle. Le plateau où elles se trouvaient prenait brusquement fin par une falaise apparemment à pic. Lhoï et Khee pouvaient voir une grande plaine, au pied de la falaise, où des tricédocus broutaient tranquillement et plus loin encore, à la limite du champ visuel, la forêt reprenait.

Les tricédocus sont des dinosaures d’environ cent cinquante ludes de long pour cinquante de haut, ils sont herbivores et vivent en troupeaux dans les plaines de Prim. Comme tous les herbivores, ils sont plutôt placides, cela ne veut pas dire qu’en cas de danger ils ne savent pas réagir, surtout quand leur progéniture est concernée. Munis de trois cornes sur le haut du crâne, dont la plus longue peut atteindre dix ludes, ils se mettent en cercle lorsqu’ils sont menacés par un ou plusieurs prédateurs. Les petits se trouvent ainsi protégés par leurs parents qui présentent leurs cornes à leurs agresseurs, constituant ainsi un mur quasiment infranchissable.

Des volatosaures formaient des figurent complexes en poursuivant des oiseaux, des insectes ou d’autres reptiles volants. Les plus grands de ces reptiles volants pouvaient atteindre cent ludes d’envergure. Ils nichaient à l’orée des forêts, leur taille ne leur permettant pas de pénétrer dans les sous-bois, mais ils chassaient dans les plaines où ils trouvaient la viande nécessaire à leur régime alimentaire. Carnassiers, mais pas chasseurs, ils se nourrissaient d’animaux décédés de cause naturelle ou à la suite d’une mauvaise rencontre. Les plus petits, qui n’étaient pas carnassiers, vivaient principalement en forêt où ils chassaient des insectes ou se nourrissaient de fruits et de baies.

Les volatosaures sont des dinosaures volants de différentes tailles. Les plus grands étaient charognards et les plus petits insectivores ou frugivores.

Un grand lac donnait une belle teinte bleue dans cet océan de vertes prairies. Ses dimensions étaient telles que l’on n’en voyait pas les bords opposés. Les deux Primiens se seraient bien arrêtés pour profiter du spectacle, mais les machines suivaient aveuglément leur programmation. Et il n’y avait pas d’arrêt de prévu !

Khee se dit : « Elle va prendre son envol pour se poser tranquillement dans la vallée. »

Mais le bord de la falaise approchait et la machine ne fit pas mine de s’envoler.

Jusqu’au dernier moment Khee était persuadé de la prochaine action de la machine.

Quelle ne fût pas sa surprise quand celle-ci prit la descente à toutes jambes à plus de cinq cents ledes par dell !

La pente était telle que Khee avait l’impression que l’ARMAIRO était à un quart d’aush par rapport au sol.

Les images défilaient dans son cerveau à une vitesse encore plus grande. Khee ne pensait pas que c’était possible. Et pourtant si !

Ils arrivèrent en bas de la pente en à peine dix dulls. Il ordonna à la machine de lui projeter une vue de derrière. Il vit une longue trainée de poussière et de débris de végétaux qui volaient dans l’air. On aurait dit qu’un troupeau de tricédocus était passé par là !

Les ARMAIRO firent cinquante ledes de plus puis, sans prévenir s’élevèrent à la verticale. Khee regardait la vitesse augmenter rapidement. L’accélération était prodigieuse. En un demi dull ils avaient atteint l’altitude de trente ledes. En trois dulls les ARMAIRO atteignirent la limite de l’atmosphère et poursuivirent leur course folle.

Ils s’inclinèrent et firent trois tours de la planète. Durant ces tours, Khee put voir une nouvelle fois la splendeur de Prim. Même si les autres peuples la considéraient comme une planète primitive et inhospitalière, elle restait pour les Primiens leur patrie et la plus belle des planètes. Les deux océans, qui couvraient près de la moitié de sa surface étaient d’un bleu profond. Ils séparaient quatre continents sensiblement de même taille. Ceux-ci étaient principalement recouverts de forêts où poussaient des arbres géants. Les prairies qui représentaient un quart de la surface des continents étaient réparties en immenses clairières dans le vert foncé des forêts. Quelques déserts composaient le dixième de la surface de ces continents. Chaque continent n’en comptait que deux, si bien qu’ils semblaient très grands. Ces teintes vert foncé, vert clair, jaune sable et bleu donnaient à Prim un aspect très attrayant depuis l’espace. Khee ne se lassait pas de regarder sa planète. Puis l’ARMAIRO s’inclina et entra dans l’atmosphère de Prim juste au-dessus d’un des deux océans.

Khee adorait les sensations qu’il ressentait. Cela l’excitait au plus haut point. Il avait envie de hurler sa joie. Mais il se retint, il ne voulait pas d’autre avertissement pour insubordination, comme celui qu’il avait reçu parce qu’il avait fait un pari avec un copain, pilote comme lui.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Khee avait parié qu’il pouvait passer une nuit entière en dehors de l’abri, en pleine nature. Personne n’avait osé le faire, les dinosaures étant particulièrement nombreux et agressifs sur Prim. Tout ce qui tombait sous leurs dents était bon à être mangé ou tout au moins à être attaqué !

C’est bien pour cela que les Primiens ne recevaient jamais de visite. Déjà que leur soleil, Ondo, créait des perturbations électromagnétiques si violentes que plus d’un vaisseau spatial était tombé en perdition et s’était abîmé dans le soleil. Le secteur avait été classé DN4 par la Confédération Galactique Impériale, la très honorable et respectée CGI. C’était presque le niveau le plus élevé sur l’échelle qui en comportait 5. Les cartes galactiques impériales signalaient cette zone comme très dangereuse et à éviter.

Le DN4 ou Danger Niveau 4 correspond à un classement pour la navigation spatiale. L’échelle comporte 5 niveaux, le niveau 0 étant sans danger et le niveau 5 interdit à la navigation spatiale. Le niveau 4 est catalogué comme zone de navigation à très haut risque et à éviter dans toute la mesure du possible.

La CGI ou Confédération Galactique Impériale est un organisme de l’empire qui définit les règles de navigation spatiale dans les limites de l’empire, soit la galaxie Mavil. Elle a tout pouvoir pour imposer les règles que doit respecter tout navire spatial circulant dans la galaxie. C’est l’armée impériale elle même qui est chargée de faire respecter les règles édictées par la CGI.

Les quelques vaisseaux qui arrivaient à passer découvraient, depuis l’espace, une planète à l’aspect agréable. Mais dès qu’ils effectuaient des mesures un peu plus poussées, ils se heurtaient à des forêts primaires denses, aux arbres gigantesques, et à quelques immenses prairies peuplées de dinosaures plus agressifs les uns que les autres. Pire, ils ne détectaient aucun minerai intéressant qui mériterait le lancement d’une exploitation minière. Entre les effets pervers du soleil Ondo et le peu d’attractivité de la planète, les vaisseaux passaient leur chemin. Les quelques vaisseaux qui avaient l’idée d’envoyer des sondes en complément de leurs observations extra planétaires en étaient pour leurs frais car les enregistrements des sondes étaient systématiquement inexploitables. Pour une raison qu’ils ne s’expliquaient pas, ceux-ci étaient complètement brouillés et ne révélaient absolument rien de ce qui pouvait se trouver à la surface ou sous la croûte de cette planète plus inquiétante qu’attirante.

Comme si cela ne suffisait pas, les membres d’équipage ressentaient un malaise qu’ils ne savaient expliquer mais qui les poussaient à s’éloigner de cette zone. Ils poussaient leur commandant à passer son chemin, ce qu’il acceptait facilement car il ressentait également cette envie de s’éloigner de cette planète.

Seuls les Malokrians avaient créé quelques PUCO, comme sur chacune des planètes de leur empire. Mais sur Prim, ils ne venaient que très rarement, juste pour chasser.

Après sa nuit passée seul, dans une COMAIR, il était rentré sain et sauf, mais sa COMAIR était inutilisable.

La COMAIR ou COMbinaison Autonome Individuelle Robotisée est une combinaison équipée d’armes défensives que les pilotes utilisaient jusqu’à présent dotée des mêmes fonctionnalités que les ARMAIRO, mais beaucoup moins résistante aux armes énergétiques et moins maniable.

Heureusement que ces machines étaient constituées d’un alliage très résistant. De forme humanoïde, comme les ARMAIRO, il était impossible de les différencier extérieurement. Les dirigeants Primiens ne voulaient pas que les peuples qu’ils étaient amenés à rencontrer puissent remarquer une différence entre les COMAIR et les ARMAIRO. Leurs combinaisons étaient identiques si bien qu’un observateur, même averti, ne pouvait s’en apercevoir.

Les Primiens avaient longuement observé des peuples humanoïdes, qui leur étaient apparus plutôt belliqueux. Lorsque deux peuples de ce type se rencontraient, cela se terminait souvent par des guerres. Ainsi, quand les fantassins se battaient au sol, ils visaient soit la tête, soit le tronc constitué, du buste et du ventre, pour tuer leurs ennemis. Ils visaient rarement les jambes pour les immobiliser. En revanche, les hanches n’étaient jamais visées.

De plus les Primiens avaient remarqué que les erreurs de tir n’existaient plus car ces peuples utilisaient des armes à visée assistée par électronique.

Ils avaient tiré beaucoup d’enseignements de ces peuples agressifs et en avaient tenu compte dans la conception des COMAIR.

Ce qui avait sauvé Khee c’était l’emplacement du poste de contrôle de la COMAIR, dans le talon de la machine. Les ingénieurs Primiens avaient eu, dans le temps, l’idée lumineuse de placer les organes les plus sensibles de la machine dans les endroits auxquels on ne s’attendait pas à les trouver.

C’est ainsi que le cerveau onditronique de la COMAIR était situé au niveau des hanches.

L’onditronique fait appel aux ondes pour réaliser des opérations informatiques. Son principe de fonctionnement sera développé dans les prochains chapitres.

Quand la COMAIR de Khee était rentrée à l’abri, il ne restait plus que les jambes et les hanches !

L’idée de répartir les réserves d’énergie dans toutes les parties du corps permettait à la COMAIR de donner au pilote la possibilité de quitter le talon à l’aide d’un VAINS.

Le VAINS ou Véhicule Autonome INdividuel de Survie est un petit appareil utilisé par les pilotes Primiens en cas de gros problème. Il se déplace dans les airs, sous l’eau et dans l’espace. Il est très rapide et maniable, mais ne dispose pas d’armes offensives, conformément à la mentalité des Primiens. Par contre, il est équipé d’une bonne protection. Son point fort est sa furtivité due principalement à son équipement anti-détection et à sa petite taille. Ses dimensions sont reprises dans le glossaire.

Celui-ci trouvait ainsi toujours l’énergie résiduelle dont il avait besoin pour augmenter ses propres réserves afin de pouvoir prolonger son autonomie et donner plus de chance au pilote de sauver sa vie et de rejoindre l’abri le plus proche.

Il avait été victime d’un encerclement en règle par des caméraptors qui avaient essayé de déchiqueter la machine. Partant du principe que la tête, comme pour toutes les proies qu’ils chassaient, était l’organe à atteindre pour les mettre hors d’état de nuire, les caméraptors s’étaient focalisés dessus. Puis voyant que l’humanoïde leur échappait, même sans tête, ils s’en étaient pris au torse. Ils étaient tellement enragés qu’ils voulaient le tuer. Pas même le manger ! En l’occurrence la COMAIR aurait été assez indigeste ! Mais ces bestioles avaient tellement de force qu’elles avaient réussi, en s’y mettant à plusieurs, à arracher la tête et les bras de la COMAIR.

Khee n’avait dû son salut qu’à l’arrivée d’un tunosaure qui avait éparpillé les caméraptors et lui avait permis de rejoindre l’abri. Sans cela il aurait dû fuir à bord de son VAINS, ce qui aurait été une honte pour un pilote.

Le tunosaure était un dinosaure d’environ deux cents ludes de long et cent de haut. Il se déplaçait sur ces deux pattes postérieures, très musclées et munies de griffes tranchantes. C’était le plus gros prédateur de Prim, pourvu d’un cou très musclé de vingt ludes, prolongé d’une tête d’environ dix ludes dotée de mâchoires redoutables munies de dents pointues dont certaines pouvaient atteindre un lude.

Quand ses supérieurs avaient interrogé Khee sur ce qu’il s’était passé pour mettre une COMAIR dans un tel état, il était resté assez vague sur la raison de sa présence en pleine nuit en dehors de l’abri. Il avait raconté une histoire de dysfonctionnement de sa COMAIR qui l’avait empêché de rentrer et qu’il n’avait pas pu envoyer de messages. Les commandes mentales ne répondaient plus, peut-être parce qu’il ne se sentait pas très bien. Il précisa qu’il était passé à proximité d’une forte source de radiation et qu’il avait dû en être affecté. Pas question de leur dire la vérité. Il aurait été aussitôt radié du corps des pilotes. Et c’était tout ce qu’il aimait et qui lui donnait un peu d’excitation dans sa vie.

Déjà qu’il n’était pas en état de grâce vis à vis de ses supérieurs. Ceux-ci trouvaient qu’il se comportait trop comme un électron libre, comme ils disaient ! Plus d’un attendait la première occasion pour le radier, en particulier le général Xhyll qui ne pouvait pas supporter Khee.

Heureusement que le général Whali était là pour le protéger, sinon il y a bien longtemps qu’il ne serait plus pilote. Le général voyait en Khee une nouvelle génération de pilote, plus téméraire, plus individualiste aussi. Certes cela ne correspondait pas à l’état d’esprit très collectif des Primiens, vestige de leurs origines.

Issus d’une société d’insectes de type colonie, les Primiens vivaient et travaillaient pour le bien de la communauté. Celle-ci comprenait en premier lieu le nid dans lequel vivait l’individu, mais également les autres nids répartis sur la planète, au nombre de trois cent-mille. Pour eux, la société primait sur l’individu.

Khee était différent, il avait des pensées individualistes, prenait plaisir à faire des choses qui procuraient une satisfaction personnelle. Par exemple, il aimait voler à pleine vitesse entre les arbres des forêts de Prim, cela lui donnait des frissons dans tout le corps et il se sentait invincible. Il avait bien conscience que ce n’était que l’impression de ses propres réactions corporelles, mais que c’était bon ! bien entendu, en aucun cas ses actions ne mettaient en danger la communauté. D’après le général, d’autres suivraient. Mais pour l’instant Khee n’avait rencontré aucun Primien qui avait sa particularité.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Le contact avec l’eau de l’océan le ramena à la réalité. Les ARMAIRO filaient sous l’eau à une allure impressionnante, au moins un lode par dell !

Lhoï et Khee virent des dinosaures marins qui nageaient entre deux eaux. Les ARMAIRO plongèrent de plus en plus profondément. Bientôt la lumière d’Ondo disparut. Les machines allumèrent des projecteurs d’une puissance inouïe. Khee eut l’impression que l’on venait d’allumer un projecteur géant dans l’océan.

Des animaux marins des profondeurs apparurent, certains inconnus de Lhoï et de Khee. Certains avaient l’air d’espèces inoffensives, mais l’ondinateur de l’ARMAIRO apprit à Khee que ces dinosaures appelés filatosaurs étaient équipés de filaments extrêmement fins qui s’étiraient autour de l’animal jusqu’à plus de cinq cents ludes. Dès qu’une proie touchait un de ces filaments, celui-ci s’enroulait autour d’elle et d’autres filaments en faisaient autant si bien qu’elle ne pouvait plus s’échapper. Après cela, le filatosaur la ramenait jusqu’à portée de son dard, d’environ trente ludes de long et la piquait pour lui inoculer un fluide très corrosif. Après quelques dizaines de dulls d’attente, il aspirait par son dard les sucs issus de la décomposition des organes de sa proie et rejetait une enveloppe complétement vide.

Puis après avoir atteint les failles les plus profondes, les ARMAIRO remontèrent et bientôt franchirent la limite entre l’eau et l’air. Ils prirent leur envol et se dirigèrent vers la forêt.

  • Il nous reste un test à faire et nous rentrerons, le jour va tomber dans moins de cent dulls, pensa Lhoï.
  • Quoi, déjà ! je n’ai pas vu le temps passer, c’était trop bien ! 
  • Oui, c’était fort intéressant et nous avons respecté les différentes phases du programme. Tout a fonctionné correctement.

Khee était abasourdi. Bien qu’il connaisse Lhoï comme un frère, ce qu’ils venaient de vivre était tout simplement incroyable. Et lui, il restait de marbre, comme s’il venait de faire un simple voyage en VAT.

Le VAT ou Véhicule Autonome de Tourisme était un transport programmé. Véhicule aérien et sous-marin, il se déplaçait à faible allure pour que les voyageurs puissent profiter de la vue. Silencieux et discret, pour ne pas déranger la faune, il pouvait transporter jusqu’à trente Primiens, ce qui assurait à chaque passager un espace suffisant pour observer tout ce qu’il se passait à l’extérieur.

Khee décida de ne pas répondre et de poursuivre la fin de l’essai comme prévu.

Les machines se posèrent en lisière de forêt où elles pénétrèrent au pas, sans se presser.

D’un seul coup, Khee eut une vision toute différente de son environnement qui s’imposa à son esprit. Le sous-bois apparaissait tel que les détecteurs thermiques de la machine l’enregistraient. Les troncs des arbres n’étaient plus marrons mais gris foncé. Les animaux que l’on ne voyait pas d’ordinaire car cachés dans la végétation apparaissaient en gris clair voire en blanc pour les zones les plus chaudes de leur corps. La sensibilité des détecteurs était remarquable, les rochers, la terre et les feuilles mortes étaient foncés. Le moindre être vivant apparaissait en clair et Khee voyait des animaux à plusieurs centaines de ludes de lui, ce qui était un exploit dans une forêt si dense. Même les animaux cachés derrière un arbre étaient trahis par un halo plus clair. Ils aperçurent ainsi des tauporaptors enfouis dans le sol à plus de dix ludes de profondeur. Muni de griffes puissantes situées aux extrémités de pattes très musclées, cet animal d’environ 15 ludes se terrait à au moins dix ludes de profondeur. Quand il sentait la présence d’un animal grâce aux vibrations qu’il émettait en marchant, il forait un tunnel vers sa proie. Sa vitesse de progression était telle que celle ci, ressentant des vibrations dans le sol, n’avait pas le temps de s‘enfuir. Le tauporaptor surgissait du sol et attrapait les pattes de l’animal visé avec ses puissantes mâchoires. Après deux ou trois attaques, la proie était immobilisée et le tauporaptor émettait un cri par infrasons pour appeler ses congénères qui accouraient pour profiter du festin. Ils représentaient un des dinosaures les plus dangereux de Prim.

  • « Pivote la tête pour regarder la deuxième ARMAIRO. » Pensa Khee.

La machine exécuta l’ordre sans broncher. Mais Khee était convaincu que s’il lui avait demandé une action non autorisée par sa programmation, elle aurait refusé.

La deuxième ARMAIRO était quasiment invisible bien que située à moins de cinquante ludes. Le système anti-détection de ces machines était remarquable.

L’ARMAIRO de Khee avança un peu plus et mit en œuvre d’autres détecteurs. Cette fois-ci, il voyait tous les fluides se déplacer dans les arbres et les animaux. C’était hallucinant !

Puis d’autres détecteurs, et encore d’autres. Grâce à un des détecteurs, Khee voyait les structures des matières autres que végétales et animales. Il pouvait voir les rochers, bien qu’il y en ait peu dans cette zone, mais aussi l’abri souterrain alors qu’il se trouvait à plus de cinquante ledes de distance. Il comprit que si rien ne gênait la détection, la distance importait peu puisqu’aucun matériau ne bloquait les ondes.

  • C’est l’heure de rentrer Khee, pensa Lhoï.
  • Bien, je te suis.

Lhoï prit la tête et son ARMAIRO se mit à courir vers l’abri.

Les informations que les détecteurs enregistraient étaient transmises, après traitement, dans l’esprit de Khee. Seul l’essentiel était communiqué, mais si le pilote le souhaitait, des détails pouvaient être intégrés.

Ils se trouvaient à cinquante ledes au nord-est de l’abri, les machines se déplaçaient silencieusement bien qu’à vitesse soutenue d’environ deux cent cinquante ledes par dell.

Ils n’étaient plus qu’à vingt ledes de l’abri quand un caméraptor apparut dans l’esprit de Khee. Il n’avait ni vu ni entendu les machines mais cela pouvait être normal car il était encore à plus d’un lede de celles-ci.

Plus ils se rapprochaient de l’abri plus il apparaissait que la trajectoire du caméraptor allait croiser la leur.

Dix dulls plus tard, trois autres caméraptors avaient rejoint le premier. Ils étaient en train de mettre en place une manœuvre d’encerclement. Cela rappelait un mauvais souvenir à Khee.

A quinze ledes de l’abri, les caméraptors avaient terminé leur manœuvre, et les ARMAIRO n’avaient rien vu venir !

  • Qu’allons-nous faire ? pensa Lhoï à l’adresse de Khee. Si nous continuons, les caméraptors vont attaquer et abimer les ARMAIRO. Et nous ne pouvons pas utiliser les armes défensives, c’était une sortie d’essai, elles ne sont pas fonctionnelles.
  • Je vais faire diversion pendant que tu rentreras à l’abri. Je t’y rejoindrai dès que possible.
  • Mais Khee, si tu fais ça, l’abri risque d’être fermé à ton retour. Tu sais bien que les portes se ferment automatiquement dès que la nuit tombe.
  • Je sais tout cela Lhoï, mais je ne vois pas d’autres solutions. Soit nous laissons les caméraptors nous attaquer avec le risque qu’ils abîment les ARMAIRO, soit je fais diversion.
  • Il est hors de question de risquer d’abîmer les ARMAIRO, tu sais le temps qu’il a fallu pour leur donner cette peau.
  • Dès que les caméraptors me poursuivront, fonce dans l’abri Lhoï!

Pendant cette discussion Khee avait désactivé le programme d’essai. Maintenant c’était à lui de jouer !

A peine avait-il terminé sa conversation mentale qu’il fit sauter la machine au-dessus du caméraptor le plus proche. Surpris celui-ci regarda passer une des proies bien au-dessus de son museau. Sans réfléchir, les quatre caméraptors s’élancèrent à la poursuite de Khee.

Sans attendre, Lhoï fila vers l’abri. Arrivé à cinquante ludes du tronc d’accès, il envoya mentalement une impulsion pour ouvrir la porte. Dès qu’il l’eut franchie elle se referma et la plateforme descendit.

A peine était-il arrivé en bas, que le capitaine s’annonça :

  • « Lieutenant Lhoï, où est la deuxième ARMAIRO ? »
  • «Nous avons eu un problème Capitaine. Quatre caméraptors nous ont encerclés. Pour éviter d’abîmer les deux ARMAIRO, Khee a fait diversion. Il reviendra dès que possible. »
  • «Il a encore désobéi aux ordres ! »
  • «Nous étions coincés Capitaine ! le programme n’était pas conçu pour réagir dans une telle situation. »
  • «Cela suffit Lieutenant Lhoï ! dès qu’il rentrera, le Lieutenant Khee sera mis aux arrêts. Allez-vous reposer avant de me présenter votre rapport ! »

∞∞∞∞∞∞∞∞

L’ARMAIRO de Khee courait dans la forêt à vive allure. En fait, juste assez vite pour que les caméraptors ne puissent le rattraper, mais pas trop pour ne pas les distancer. Il avait été soulagé de voir les quatre animaux le suivre. Au moins Lhoï était à l’abri maintenant. Il espérait que le capitaine Nock ne lui ferait pas trop de reproches. Après tout, il n’était pas responsable de ce qui était arrivé.

Le problème de Khee était de maintenir les caméraptors à distance, en espérant ne pas en rencontrer d’autre face à lui.

Il ne pouvait pas se permettre de ramener une machine en pièces détachées !

Pendant que son ARMAIRO dévorait les ledes, Khee réfléchissait à la suite des événements. Sa machine pouvait courir toute la nuit dans la forêt sans problème de ressource d’énergie. Par contre, il était parti pour un essai qui devait durer quatre dells tout au plus, pas pour une nuit entière. L’ARMAIRO, en configuration d’essai n’avait pas été approvisionné en liquide ni en nourriture. Khee ne pourrait jamais tenir une nuit sans manger ni boire. C’était le point faible de l’organisme des Primiens. Ils n’avaient presque pas de réserves et devaient s’alimenter et boire très régulièrement sinon leur corps se mettait en état de stase sans qu’ils puissent s’y opposer. Ce comportement avait été conservé lors de leur évolution et il avait sauvé la vie à plus d’un Primien. Les fonctions cérébrales étaient très vite affectées en cas de manque d’énergie ou d’eau, ce qui entrainait la mort du Primien. Cette mise en état de mort apparente permettait de réduire les besoins en énergie dans des proportions colossales. Il suffisait alors de redonner au Primien un peu d’eau et de nourriture pour qu’il sorte de sa stase, qui pouvait se prolonger pendant un, voire deux dolls.

Maintenant que Lhoï ne risquait plus rien, il pouvait accélérer et se débarrasser des caméraptors pour trouver un endroit calme où il pourrait sortir de l’ARMAIRO.

Il émit les impulsions mentales pour ordonner à sa machine d’accélérer, pour distancer les caméraptors et trouver un lieu tranquille où il pourrait rester au repos pendant au moins une centaine de dulls.

La machine accéléra et distança rapidement les dinosaures puis fila jusqu’à la lisière de la forêt pour se diriger vers une grande prairie où poussaient quelques arbres qui semblaient perdus au milieu de nulle part. L’ARMAIRO s’arrêta entre deux arbres et fit savoir à Khee qu’il avait atteint son point de repos. Khee fit sortir le VAINS et se dirigea à proximité d’un lac distant d’environ deux ledes.

Il fit atterrir le véhicule et en sortit. Il trouva rapidement de quoi se nourrir et même faire quelques réserves. Il se dirigea vers le lac pour s’abreuver et faire le plein d’un réservoir d’eau situé dans le VAINS. Ceci lui prit environ soixante dulls. Au moment où il remonta dans le VAINS il reçut une communication mentale de son ARMAIRO qui signalait des vibrations, dans le sol, caractéristiques d’un tauporaptor.

Khee ordonna à la machine de sauter sur une branche basse de l’arbre le plus proche. Pendant ce temps-là il s’approchait rapidement à bord de son VAINS. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques dizaines de ludes et s’apprêtait à reprendre sa place dans le talon, la branche céda sous le poids de l’ARMAIRO. Celle-ci eut le réflexe d’attraper la branche pendant la chute et la placer sous ces pieds. Bien lui en prit car juste au moment où elle arrivait au sol, un tauporaptor surgit du sol pour mordre le mollet de l’ARMAIRO, mais il rencontra la branche qu’il broya d’un formidable coup de mâchoires. Ce bref laps de temps permit à la machine de fuir en courant vers la forêt, le VAINS sur ses talons, avant que le monstre ne surgisse de nouveau. Arrivée à l’orée de la forêt elle s’arrêta pour permettre au VAINS de regagner sa place, dans le talon. Dès que ce fut fait, Khee ordonna à la machine de se diriger au pas vers l’abri.

Il restait encore deux dells avant le lever du jour et donc l’ouverture de l’abri.

Khee avait eu de la chance car de nuit il ne pouvait pas faire voler l’ARMAIRO, en effet, les dégagements énergétiques provoqués par un vol auraient pu être détectés par un vaisseau croisant à proximité de Prim. Et il était primordial que Prim conserve son secret.

Khee savait très bien que le vol lors de l’essai avait été calculé très précisément par les ARMAIRO pour se produire pendant le passage d’un vaisseau des Fortains. Celui-ci masquait ainsi les émissions énergétiques des deux machines qui devaient rester totalement indétectables.

Les Fortains sont les habitants de la planète Forta proche de Prim et sous influence du soleil Ondo. Les Fortains ont une relation particulière avec les Primiens…

Le retour se passa sans autres rencontres malencontreuses et Khee fit sauter la machine sur une branche à proximité de l’abri en attendant le lever d’Ondo.

Un dell plus tard, les détecteurs de l’ARMAIRO enregistrèrent l’arrivée d’un reptile qui descendait autour du tronc de l’arbre. Il envoya à Khee un avertissement visuel. Sur celui-ci, le serpent apparaissait d’une taille plus que respectable. Khee l’estima à environ cent cinquante ludes de long et un peu plus de cinq ludes de diamètre. Rien qui ne pouvait porter préjudice à l’ARMAIRO, mais compte tenu de sa position assise sur une branche, il pouvait l’obliger à descendre au sol. Au même moment l’ARMAIRO détecta également deux caméraptors qui s’approchaient de l’arbre. Que faire ! Khee ne pouvait ni descendre, ni monter sans se frotter à l’un de ces monstres. Il décida d’affronter celui qui était seul, donc le serpent, qui s’était rapproché pendant que Khee était tout à ses réflexions.

L’image de la tête du serpent apparut dans l’esprit de Khee, il était maintenant à moins de deux ludes de l’ARMAIRO.

Il envoya une impulsion à la machine dont le poing écrasât littéralement la tête du reptile contre le tronc de l’arbre. Les caméraptors, alertés par le bruit levèrent la tête et virent dans un premier temps l’humanoïde. Ils reculèrent pour sauter et essayer d’atteindre leur proie. A peine leurs pattes avaient elles quitté le sol que le serpent tombait à leur rencontre. Ils retombèrent emmêlés dans le reptile géant et se mirent à claquer des mâchoires pour le déchiqueter. Ils pensaient faire un vrai festin, mais le bruit qu’ils firent fût tel qu’un tunosaure qui passait par là fut alerté et se précipita pour leur arracher leur proie. Après quelques dizaines de dulls de simulacre de bataille, les caméraptors s’enfuirent, laissant le tunosaure terminer son repas. Ils ne faisaient pas le poids face à un tel monstre ! D’un coup de gueule, le tunosaure pouvait les casser en deux et en faire trois bouchées. Mieux valait prendre la poudre d’escampette et garder la vie sauve !

Lorsque les premiers rayons d’Ondo apparurent, plus aucun monstre n’étant en vue, Khee fit redescendre la machine et se dirigea vers l’arbre où se trouvait l’accès à l’abri, maintenant complétement libre.

Il émit l’impulsion mentale et la porte s’ouvrit. Il pénétra sur la plateforme, dans le tronc, avant que la porte ne se referme.

Lorsque la plateforme arriva dans l’abri, un comité d’accueil attendait Khee. Au moins il n’aurait pas besoin de s’annoncer !

Le capitaine Nock s’adressa mentalement à lui :

« Lieutenant Khee, veuillez sortir votre VAINS et vous mettre à ma disposition. Vous êtes mis aux arrêts ! »

 

Chapitre 3 – Une mission inattendue

Cela faisait maintenant un dixième de doll que Khee était aux arrêts. Retenu dans une pièce qui n’était pas fermée, mais qui s’apparentait à un cachot.

Il est vrai que sur Prim, les cachots n’existaient pas. L’idée même d’enfermer un des leurs ne serait jamais venue à l’esprit des Primiens. Mais la situation dans l’empire s’était dégradée dernièrement. Selon les services secrets Primiens l’empereur était à l’agonie. Le prince Darnouar, son seul fils survivant, prendrait alors le pouvoir. Sans savoir exactement ce que cela pouvait impliquer, les dirigeants Primiens s’attendaient à des difficultés dès son arrivée sur le trône impérial. Il ne fallait pas que le secret des Primiens parvienne aux oreilles du futur empereur, sinon leurs jours seraient comptés.

D’ailleurs, il ne serait jamais venu à l’esprit de Khee de sortir de son cachot, même si celui-ci n’était pas fermé. Dans la société primienne, c’est l’intérêt de tous qui prévalait sur celui de l’individu. Khee avait beau être très individualiste pour un Primien, il respectait les règles de la société et ferait tout pour que le secret de sa planète ne soit pas ébruité.

Khee repensa au chemin qu’avaient parcouru les Primiens depuis la nuit des temps…

∞∞∞∞∞∞∞∞

Les Primiens étaient, il y a plusieurs millions de cycles, une colonie d’insectes holométaboles qui vivaient sur la planète Prim, parmi les dinosaures. Leur corps était constitué de trois parties. La tête équipée de deux antennes, deux mandibules et de deux yeux, puis le thorax sur lequel étaient fixés trois pattes de chaque côté et enfin l’abdomen. Ils étaient tellement petits que leur vie n’était pas menacée car totalement insignifiants par rapport aux monstres qui peuplaient la planète. Les seuls risques qui les menaçaient étaient l’écrasement de leur nid par un bigosaure ou une inondation due à un orage.

Les bigosaures étaient les dinosaures herbivores les plus gros de Prim. Certains spécimens pouvaient atteindre trois cents ludes de long pour cent cinquante de haut. Munis d’un long cou leur permettant d’atteindre les feuillages en haut des arbres géants, ils se mettaient sur leur arrière train et levaient les pattes avant, leur museau pouvant alors cueillir des branches à plus de deux cent cinquante ludes de haut. Les plus gros bigosaures pouvaient peser jusqu’à six mocqs. Ils vivaient en troupeau et utilisaient leur longue queue comme un fouet pour se débarrasser d’animaux indésirables. Lors d’attaques de prédateurs, ils se mettaient en cercle pour protéger les jeunes et pouvaient se dresser sur leurs pattes arrière pour écraser, de leurs pattes avant, un prédateur un peu trop téméraire.

Pour éviter le premier risque, les Primiens avaient implanté leur nid en forêt, lieu inaccessible aux bigosaures. Et afin d’éviter l’inondation du nid à la suite d’un orage, ils avaient installé leur nid derrière un gros arbre, dans le sens de la pente naturelle du terrain, si bien qu’en cas de ruissellement important l’eau était déviée par le tronc de l’arbre. Cet emplacement s’était avéré judicieux car leur nid n’avait jamais été inquiété en des millions de cycles d’existence.

Il y a deux millions de cycles, une météorite s’était écrasée à proximité de leur nid. Il y eut un grand cataclysme qui avait entrainé d’énormes dégâts dans les galeries et dans des pièces telles que les nurseries ou les salles de cultures de champignons.

Les Primiens perdirent beaucoup des leurs au cours de cet événement et ils mirent plusieurs dizaines de cycles à retrouver la population d’avant cette catastrophe.

Ils ne se rendirent pas compte que la météorite émettait un rayonnement. Ce n’est qu’au bout de quelques centaines de milliers de cycles qu’ils en ressentirent les premiers effets. Ceux-ci se traduisirent par un développement de leur capacité intellectuelle. Ils prenaient conscience d’être des individus capables de réflexion.

Quelques centaines de milliers de cycles plus tard, ils pouvaient communiquer entre eux par ondes mentales, sans recourir à leurs messages chimiques habituels. Ils s’aperçurent qu’en se concentrant à plusieurs ils pouvaient influencer des êtres moins évolués.

C’est à ce moment-là de leur histoire que les Primiens décidèrent de faire bénéficier toutes les autres colonies de leur changement. Ils envoyèrent des reines fécondées ayant subies les mutations dans les centaines de milliers de nids répartis sur la planète. Cet essaimage général fut appelé le Grand Bouleversement. Il fallut plusieurs milliers de cycles pour le mener à bien. Les Primiens s’organisèrent en société semi indépendante. Chaque nid avait une certaine autonomie, mais dépendait du conseil des sages pour les sujets qui intéressaient l’ensemble des nids.

Environ un million de cycles après la chute de la météorite, les Primiens avaient pris sous leur coupe plusieurs populations d’animaux, plus grands qu’eux, mais munis de mains ou ce qui en faisait office. Ils purent ainsi créer des outils et après quelques dizaines de milliers de cycles supplémentaires construire des installations souterraines.  Ces installations avaient des dimensions gigantesques par rapport à la taille des Primiens, mais elles devaient convenir à la taille de leurs « ouvriers ».

Grâce à leur sensibilité nouvelle aux ondes, ils pouvaient détecter toute sorte de minerai. En effet, ils s’aperçurent rapidement que chaque minéral, chaque végétal ou animal émettaient des ondes qui leur étaient propres. Si ces ondes étaient simples et linéaires pour les minéraux, elles étaient complexes pour les végétaux et encore plus pour les animaux.

Le temps passa et les Primiens finirent par atteindre l’objectif qu’ils s’étaient fixés, à savoir, créer des robots qui leur permettraient de ne plus dépendre d’autres êtres vivants.

A partir de ce moment, qui remontait à cinq cent mille cycles, leur développement scientifique explosa littéralement. Les robots effectuaient les travaux pour lesquels ils étaient conçus et créaient de nouveaux robots sous les injonctions mentales des Primiens.

Les robots exploraient la planète et ramenaient des informations qui permettaient aux Primiens d’imaginer d’autres robots pour visiter d’autres lieux. C’est ainsi qu’ils fabriquèrent des robots capables de voler de plus en plus haut, allant au-delà de l’atmosphère ; ce qui ne leur posaient aucun problème puisqu’ils n’avaient pas besoin d’appareils pour respirer. Ils explorèrent également les océans et les abysses les plus profonds.

Les informations ramenées par les robots leur confirmèrent ce qu’ils pressentaient, à savoir que le monde sur lequel ils vivaient était baigné d’ondes. Cela allait de la lumière, au son mais aussi aux atomes qui étaient constitués d’éléments reliés entre eux par des ondes et par conséquent à toute matière, quelles que soient sa forme et sa nature.

C’est à ce moment-là de leur histoire que les Primiens commencèrent à prendre conscience qu’ils n’étaient certainement pas seuls dans le vaste univers. Que se passerait-il si des inconnus débarquaient sur leur planète et leur volaient leurs ressources ? De toute leur histoire, ils n’avaient jamais fait usage de violence envers d’autres créatures vivantes, c’était contre leurs principes de vie. Après réflexion ils en conclurent que le meilleur moyen d’éviter que d’autres peuples ne soient tentés par leurs ressources était de les empêcher de les détecter. Or le seul moyen de détection à moyenne ou longue distance, ce sont les ondes réfléchies par ces matières ou les rayonnements caractéristiques de certains atomes. C’est au cours de ces recherches qu’ils trouvèrent la loi fondamentale liée aux ondes : « toute onde émise a une onde qui la neutralise ». Si les Primiens ne pouvaient pas installer d’appareils de neutralisation à chaque gisement, ils mirent donc en orbite des satellites, qui avaient deux fonctions. L’une était d’être invisible, et pour cela il fallait qu’ils n’émettent pas de rayonnements et qu’ils soient suffisamment furtifs pour ne pas réfléchir les ondes émises depuis un vaisseau spatial par exemple.

L’autre était qu’ils devaient intercepter toutes les ondes émises et renvoyer une onde correspondant à un minerai ou une substance sans intérêt, de façon à leurrer le récepteur.

Depuis la mise en place de leur ceinture de satellites, les Primiens n’avaient jamais été visités, sauf par les forces de l’empire pour installer quelques PUCO.

Deux raisons expliquaient ce succès. La première venait d’Ondo, leur soleil, qui créait un environnement défavorable à la navigation spatiale. La deuxième, était que les commandants des navires spatiaux avaient pour ordre de ne pas s’approcher d’une planète tant que toute détection n’était pas faite de façon exhaustive. Certains équipages avaient subi des attaques psychiques de peuples qui ne connaissaient même pas le voyage interplanétaire, mais qui avaient des facultés spéciales et dangereuses. Depuis ces évènements les vaisseaux spatiaux devaient rester éloignés de toute planète inconnue, tant que les détecteurs n’avaient pas fait leur travail. Si elle ne présentait pas d’intérêt économique ou stratégique, ils devaient passer leur chemin.

Prim ne présentait pas d’intérêt stratégique puisqu’elle était en dehors de toute route spatiale fréquentée et n’offrait aux détecteurs aucune des ressources recherchées.

Les Primiens, rendus très sensibles aux ondes suite aux mutations subies depuis des centaines de milliers de cycles avaient développé une recherche scientifique très poussée dans ce domaine. Ils avaient ainsi découvert que l’on pouvait soigner certaines pathologies grâce aux ondes. Il fallait d’abord déterminer la longueur d’onde à laquelle était sensible le corps étranger ou la partie à soigner. Vu que chaque cellule réagissait à une longueur d’onde très précise et que la cellule voisine n’y était pas sensible, ce qui importait n’était pas la puissance utilisée mais la précision. Ils mirent de longs cycles à développer des appareils extrêmement sensibles qui pouvaient trouver la longueur d’onde à laquelle réagissait telle ou telle cellule et à produire ces longueurs d’ondes.

Après mille cycles de recherche, les ondes n’avaient plus de secrets pour les Primiens.

C’est à cette période de leur évolution qu’ils acquirent l’immortalité relative, grâce à leur progrès en médecine.

Se sentant prêts, Ils décidèrent alors de s’aventurer au-delà des limites de leur planète. Ils commencèrent par envoyer des robots dans les planètes voisines, qui orbitaient autour d’Ondo.

Leurs connaissances leur permirent de se déplacer entre les planètes de leur système solaire en utilisant les ondes électro magnétiques portées par les vents solaires, que les Primiens utilisaient pour créer la propulsion de leur vaisseau, tout en se protégeant des effets nocifs.

Puis après avoir envoyé des robots, ils décidèrent de s’aventurer eux-mêmes en dehors de leur planète.

Ils firent rapidement le tour des six planètes qui orbitaient autour d’Ondo. Or seule Forta pouvait présenter un intérêt sans demander trop d’efforts.

Puis les Primiens s’aventurèrent plus loin, découvrant d’autres soleils autour desquels orbitaient des planètes. Pour cela, l’utilisation des ondes électro magnétiques émises par Ondo ne pouvait plus convenir car ils devaient aller au-delà de sa zone d’influence. Au cours de leurs recherches dans le domaine des ondes, les Primiens avaient découvert plusieurs niveaux de réalité qu’ils appelèrent niveaux de réalité relative. Les sens communs tels la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher ne permettaient de percevoir qu’une toute petite partie de l’univers.

L’univers était en fait bien plus complexe qu’il n’y paraissait, composé de multiples, voire d’une infinité de niveaux de réalité relative, chacun ayant ses particularités et ses lois. Tous ces niveaux comportaient des passages entre eux. Lorsque les Primiens améliorèrent leurs appareils détecteurs d’ondes, ils eurent une autre vision de l’univers. Leurs explorations leur confirmèrent ce qu’ils subodoraient, à savoir que chaque passage entre niveau avait une longueur d’onde extrêmement précise. L’utilisation d’un passage nécessitait l’émission d’une impulsion de la même longueur d’onde, ce qui constituait une sorte de clé qui permettait de le franchir. Comme pour l’exploration de l’infiniment petit qui nécessite une énergie colossale, l’exploration des niveaux de réalité relative nécessitait aussi une telle énergie. L’infiniment petit et l’infiniment grand n’étaient accessibles qu’à des peuples ayant atteint un niveau de connaissance suffisant. Décidément, l’univers ou la nature était vraiment bien conçu ! Pour faire une découverte il fallait avoir atteint un certain niveau technologique et donc une sagesse relative. Plus on s’approchait de l’infiniment petit ou de l’infiniment grand, plus les connaissances nécessaires pour y parvenir demandaient une prise de conscience de la complexité de l’univers et des interactions entre toutes les forces en présence. Cette prise de conscience aboutissait à la sagesse, seule voie possible pour atteindre l’objectif final. Seuls les peuples qui avaient abandonné tout esprit belliqueux pouvaient espérer y aboutir.

Bien entendu, en fonction de l’énergie et de la longueur d’onde utilisées, on pouvait atteindre un niveau ou un autre. Ils découvrirent ainsi que certains niveaux permettaient de se déplacer sur de grandes distances en très peu de temps, comme si ces distances étaient réduites. Une image permet d’illustrer ce concept : Imaginez deux points opposés sur un gros ballon gonflé au maximum. Pour aller de l’un à l’autre dans le monde dit normal il faut suivre la surface du ballon sur la moitié de son périmètre. Avec les niveaux de réalité découverts par les Primiens, le ballon est dégonflé et replié plusieurs fois si bien que les deux points sont très proches l’un de l’autre. Le temps mis pour atteindre les deux points est réduit à quelques dizaines de dulls.

Ces niveaux étaient différents des trous noirs, qui eux, permettaient le passage entre deux niveaux précis. Les passages découverts par les Primiens quant à eux donnaient accès à une multitude d’autres niveaux. Ils préféraient passer par les portes ondulatoires que par les trous de vers, car ces derniers étaient selon eux déjà utilisés par trop d’autres peuples.

C’est ainsi qu’ils découvrirent une planète et tombèrent sous son charme. Elle tournait autour d’un soleil qu’ils avaient nommé Provi. Cette planète fut nommée E’psion. Ils décidèrent d’y créer une colonie, peuplée uniquement de volontaires, qui devint rapidement indépendante. Les relations entre les deux planètes étaient très bonnes, mais les Primiens décidèrent de laisser leur colonie s’épanouir seule.

Celle-ci essaima aussi, créant plusieurs nids sur la planète.

Environ dix mille cycles se passèrent avant que le général Warnouar n’encercla la planète E’psion avec ses vaisseaux spatiaux.

Les E’psioniens purent envoyer un enregistrement de l’attaque des Malokrians, par une sonde robotisée qui utilisa les niveaux de réalité relative visiblement inconnus des assaillants, juste avant de disparaître définitivement.

C’est ainsi que les Primiens apprirent ce qu’il s’était passé.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Les E’psioniens avaient construit des bâtiments immenses, qui apparaissaient sur les images contenues dans la sonde. Ayant voulu transmettre leurs découvertes et le savoir qu’ils avaient accumulés depuis leur arrivée sur E’psion, ils avaient fourni dans un autre message, enregistré dans la sonde, l’explication concernant ces constructions.

Quand les relations entre la colonie et les Primiens cessèrent d’un commun accord, les E’psioniens, plus aventuriers que les Primiens, décidèrent d’aller plus loin dans leur exploration de l’univers même si celle-ci se limita à la galaxie dans laquelle ils se trouvaient. C’est ainsi qu’ils découvrirent des planètes habitées par des peuples évolués capables, comme eux, de se déplacer de soleil en soleil.

Tous les peuples qu’ils rencontrèrent dans cette phase d’exploration spatiale étaient, sans exception, bien plus grands qu’eux. De l’ordre de mille fois plus grand ! Pour les E’psioniens, ce n’était pas un problème puisqu’ils communiquaient par ondes mentales. Leurs interlocuteurs, qui n’avaient pas ces capacités, entendaient dans leur esprit une voix mais sans arriver à repérer l’émetteur.  Ils demandaient alors dans leur propre langage qui s’adressait à eux. L’E’psionien lisant leur pensée n’avait pas besoin de connaître leur langue, ni d’avoir besoin d’appareil de traduction pour comprendre ce qu’ils exprimaient.

Le problème était physique, pas mental. Car les vaisseaux des E’psioniens étaient faits pour eux, et donc de toute petite taille pour un habitant d’une autre planète. Si petit que parfois ils ne les remarquaient même pas ! Alors quand l’explorateur E’psionien sortait de son vaisseau, son interlocuteur ne le voyait pas, à moins de savoir exactement où regarder. Il changeait alors totalement d’attitude en devenant arrogant, voire même dans certain cas agressif. Le seul moyen pour l’explorateur E’psionien de s’en sortir était d’imposer une ou plusieurs images dans l’esprit de son agresseur pour le détourner de son objectif premier.

Comprenant que pour ces peuples seule la taille et la force comptaient, les E’psioniens eurent l’idée d’imposer l’image d’un être grand et fort dans l’esprit de leur interlocuteur. Mais cela n’avait pas fonctionné car leurs appareils d’enregistrement donnaient des indications en contradiction avec ce qu’ils voyaient. Une fois, un volatile avait traversé une représentation imposée à l’esprit d’un Kamélion.

Les Kamélions sont les habitants de la planète Kam. Ils sont de forme humanoïde mais avec une crinière rouge très touffue qui fait penser à une crinière de lion. Les Kamélions sont un peuple fier et plutôt belliqueux.

Tous les explorateurs avaient rencontré les mêmes problèmes, si bien que le conseil des sages d’E’psion décida de s’adapter à la mentalité des autres peuples.

Puisque les petits n’étaient pas respectés, malgré leur niveau de connaissance souvent bien supérieur à celui des peuples qu’ils pouvaient rencontrer, ils allaient changer de taille !

De cette constatation naquit le projet COMAIR. Les E’psioniens construisirent des robots de formes humanoïdes de dix à douze ludes de haut et d’un gabarit à faire pâlir un catcheur.

Leur aspect extérieur était d’ailleurs terrifiant !

Dotés de jambes très robustes, ils possédaient quatre bras raccordés à un torse en forme de barrique. Un cou massif et court reliait le torse à la tête toute ronde d’environ trois ludes de diamètre. Celle-ci était munie de quatre yeux, deux devant et deux derrière, espacés d’environ deux ludes et demi. Dans le tiers inférieur de la tête se trouvait la bouche, d’environ un lude de largeur, munie de dents pointues longues de trois dixièmes de lude, très serrées sur le devant.

Lorsque la COMAIR ouvrait la bouche, sa dentition faisait un tel effet que l’on n’avait pas du tout envie de l’énerver !

Entre la bouche et les yeux, se trouvait un simulacre de nez constitué d’une ouverture à diaphragme qui s’ouvrait et se refermait en fonction de la respiration.

A cet aspect, peu agréable à regarder, les E’psioniens avaient ajouté des sourcils au dessus des yeux de devant afin de donner un aspect plus cruel au regard de la COMAIR.

Pour finir le tout, ils les avaient dotés d’une voix puissante et grave. Le langage utilisé était un langage créé de toute pièce. Les E’psioniens étant de type insectoïde, leur langage n’était pas compatible avec des êtres de type humanoïde. En étudiant les langages des différents peuples de type humanoïde, les Primiens avaient inventé une langue compatible avec la morphologie des COMAIR. Ce langage avait été nommé l’E’psionien.

Pour que l’illusion soit parfaite, les robots étaient recouverts d’une pellicule à l’aspect identique à une vraie peau. Si bien que si la COMAIR déchirait sa peau, celle-ci saignait comme un tissu organique. Bien évidemment, les machines ne se présentaient pas ainsi devant d’autres peuples, ils portaient une combinaison très résistante qui recouvrait toutes les parties du corps hormis les mains, le cou et la tête.

Les E’psioniens avaient remarqué que les peuples belliqueux s’attaquaient toujours à la tête ou à la partie haute du corps de leur adversaire.

Pour se prémunir de toute mauvaise surprise, ils avaient opté pour une multi intelligence artificielle. Ce système était composé de nombreux ondinateurs répartis dans les différentes parties du corps du robot de façon à pouvoir palier à la déficience ou à la destruction d’un ou de plusieurs éléments. Le pilote E’psionien qui contrôlait le robot, par ondes mentales, était dans un véhicule de secours qui faisait office de poste de commandement. Celui-ci était situé dans le talon droit du robot, ce qui garantissait un maximum de sécurité au pilote.  Il avait une taille suffisante pour permettre au pilote de disposer de plusieurs pièces. Il y avait bien sûr le poste de contrôle du robot, mais aussi une salle de repos, une salle à manger qui comprenait une cuisine, une salle pour se régénérer, se laver et faire des exercices et une réserve où des pièces détachées et des stocks de nourriture étaient entreposés. A cela il fallait ajouter la salle des machines, et la salle de détection et d’émission des ondes. Le véhicule, en forme de cône, d’un lude et demi de long pour un demi lude de diamètre, garantissait au pilote de pouvoir regagner sa planète quel que soit l’endroit où il se trouvait dans la galaxie, car le voyage ne durerait pas plus de dix-huit dells.

Les COMAIR étaient équipées de détecteurs de tous types d’ondes ainsi que d’appareils émetteurs qui leur permettaient de créer les impulsions nécessaires, même pour atteindre les niveaux de réalité relative.

C’était la raison de la présence des grands bâtiments sur le sol d’E’psion, ils servaient de hangar pour les robots et leurs vaisseaux spatiaux.

Dès que les E’psioniens se présentèrent, dans leur COMAIR, sur les planètes qu’ils avaient déjà visitées, ils furent tout de suite respectés. Plus grands que la majorité des peuples, ils en imposaient et leur aspect cruel forçait le respect.

Lorsque les vaisseaux Malokrians encerclèrent leur planète, les E’psioniens furent surpris et pris au dépourvu. C’était la première fois qu’un peuple venu d’un autre système solaire se montrait agressif. Les visites qu’ils avaient reçues avaient toutes été pacifiques et les peuples qu’ils avaient pu rencontrer lors de leurs explorations l’étaient également. Sans être totalement naïf, les E’psioniens ne pensaient pas qu’un peuple puisse attaquer sans raison apparente et sans avoir pris un contact préalable. Mais ils n’avaient pas prévu que les Malokrians étaient des conquérants sans scrupules, ils prenaient par la force ce qu’ils convoitaient, sans crier gare. La planète E’psion les ayant attirés, ils avaient donc décidé de s’en emparer en faisant disparaître les occupants en place. Les E’psioniens profondément pacifistes ne voulurent pas utiliser leur COMAIR ni leurs vaisseaux contre les assaillants. De toute façon ils n’avaient pas d’armes offensives, leurs vaisseaux et les COMAIR n’étant équipés que d’armes défensives, aussi concentrèrent-ils leurs pensées sur le vaisseau amiral, facilement identifiable par les impulsions de commandement qu’il émettait vers les autres vaisseaux spatiaux. Ils le submergèrent d’ondes mentales destinées à les faire abandonner leur plan.

Bien que perturbés un moment par ces émissions mentales, les Malokrians, peuple belliqueux et assoiffé de conquêtes, ne renoncèrent pas. Pire encore, ces émissions d’ondes leur rappelèrent les avertissements qu’avaient reçus des commandants lorsque leurs vaisseaux spatiaux s’étaient approchés trop près de certaines planètes et avaient été pris sous influence psychique. Les rapports qu’avaient fournis les sondes ne firent qu’amplifier leur volonté de conquérir cette planète maudite.

Après avoir envoyé un premier message d’avertissement, qui n’avait pas provoqué l’effet espéré, les E’psioniens, connaissant l’issue probable de l’attaque, avaient accepté leur sort mais non sans laisser une petite graine dans l’esprit de leurs agresseurs. Ils savaient très bien que ce qu’ils tentaient n’aurait aucun résultat à court terme, mais après quelques centaines ou milliers de cycles, l’effet pourrait être suffisant pour donner un tout petit avantage aux Primiens.

C’est alors qu’ils se concentrèrent et envoyèrent vers le vaisseau amiral un ultime message. Chaque membre du poste de commandement le vit en images et l’entendit dans son esprit :

« Vous avez choisi la voie de la violence !

Malheur à vous ! Engeance.

Lorsque le petit remplacera le grand, la galaxie connaîtra la terreur.

Le dernier des tout-petits la sauvera, en la libérant de son empereur ! »

Les images suivantes de la sonde montrèrent l’arrivée des missiles Malokrians qui réduisirent la colonie d’E’psion en ruines.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Les dirigeants Primiens décidèrent alors de suivre la voie des E’psioniens en construisant à leur tour des COMAIR.

Ne voulant prendre aucun risque inconsidéré, le conseil des sages préconisa de suivre une période d’observation d’une durée de vingt cycles. Durant ce laps de temps ils comptaient bien en apprendre davantage sur les nouveaux maîtres de cette partie de la galaxie, les Malokrians.

Ils profitèrent de cette période pour finaliser dans les moindres détails leur plan et commencer certains préparatifs.

Leurs réflexions les amenèrent à éviter à tout prix d’exposer Prim. C’est ainsi qu’ils choisirent Forta comme berceau du peuple Fortain, nouveau nom des COMAIR pour les autres peuples. Leur langage, identique à celui des premiers robots serait appelé le fortal.

Les plans contenus dans la sonde leur permirent de fabriquer très rapidement, en un cycle seulement, une centaine de milliers de Fortains dans les nombreuses installations souterraines qui dataient du début de leur développement, du temps où ils faisaient appel à des animaux sous influence.

Dès qu’ils disposèrent de suffisamment de COMAIR, ils leur firent construire des éléments de vaisseaux spatiaux. Leurs installations souterraines, bien que très grandes pour eux, n’étaient pas de taille suffisante pour contenir un vaisseau spatial dimensionné pour les Fortains. L’assemblage de ces éléments se ferait dans l’espace, là au moins il y avait toute la place nécessaire !

Ne voulant prendre aucun risque, les Primiens construisirent une deuxième constellation de satellites destinée à créer une centaine de zones neutres dans l’espace proche de la planète. Chacune d’entre elle était reliée à la planète par un conduit, lui aussi protégé, pour permettre l’approvisionnement de la zone neutre en toute sécurité. Ces satellites, qui s’ajoutaient à ceux déjà mis en place pour éviter les détections de minerai, étaient munis de deux programmes

Le premier analysait toutes les ondes reçues, sauf celles qui correspondaient au spectre lumineux, et transmettait le résultat aux émetteurs, dont ils étaient pourvus, qui eux-mêmes renvoyaient une onde ayant des caractéristiques proches de celles reçues. La modification devait être telle que le vaisseau spatial ayant émis l’onde de détection reçoive en retour une onde réfléchie qui lui donne de fausses indications. Ce que cherchaient à éviter les Primiens par ce premier programme était d’être détectés par leurs émissions, qu’elles soient énergétiques, de chaleur, de masse métallique, etc.

Le deuxième programme avait pour but de rendre les satellites et la zone qui les englobait totalement invisible aux spectres lumineux des différents détecteurs biologiques ou artificiels. Le système calculait l’angle d’arrivée des ondes et déterminait leur point d’arrivée théorique. Il avait en mémoire toutes les combinaisons possibles et pouvait donc renvoyer une onde vers le récepteur qui correspondait à ce qu’il aurait vu s’il n’y avait pas eu de zone neutre. Il fallait que le système soit suffisamment rapide pour que l’écart de temps entre l’onde manipulée et l’onde théorique soit négligeable et non détectable. Le risque de détection de l’écart était très faible car il aurait fallu que l’émetteur ait déjà émis une onde du même endroit, avant l’installation de la constellation de satellites et qu’il ait comparé le temps de réponse entre les deux mesures. Il aurait alors pu remarquer un décalage de l’ordre d’un dix millième de dull alors que la sphère de la zone neutre avait un rayon de cinq cents ledes.

La proximité d’Ondo, qui émettait un flux d’ondes électro magnétiques très puissant et perturbant pour les appareils de mesure rendait la détection de l’écart quasiment impossible.

Les Primiens purent ainsi assembler les vaisseaux Fortains sans attirer l’attention, même s’ils détectèrent quelques vaisseaux Malokrians dans le voisinage de Prim. Ceux-ci ne s’approchèrent pas suffisamment pour représenter un danger. Le risque de heurt d’un satellite par un vaisseau spatial, bien qu’infime ne pouvait être réduit à zéro. Aucun incident ne vint perturber cette phase du projet.

Dès que les vaisseaux furent terminés, les flottes issues de la centaine de zones neutres prirent leur essor vers Forta. Elles se dirigèrent vers les lieux d’atterrissage qui leurs avaient été alloués.

Les premiers bâtiments sortirent rapidement du sol et la vie sociale s’organisa autour des astroports tout neufs.

Il avait fallu aux Primiens cinq cycles pour produire deux millions cinq cent mille Fortains et cinq mille vaisseaux spatiaux capables de contenir cinq cents robots chacun.

Dix cycles supplémentaires furent nécessaires aux Fortains pour construire une dizaine de villes avec toutes les infrastructures nécessaires.

Il fallut cinq cycles de plus pour que les Malokrians découvrent que Forta était habitée et l’intégrer de force à leur empire.

Les Primiens avaient remarqué que l’empire envoyait des vaisseaux de reconnaissance environ tous les vingt cycles dans cette zone de l’espace, dont l’objectif était d’enregistrer les changements survenus depuis leur précédent passage.

Ils en tirèrent comme conclusion que ce laps de temps représentait le délai durant lequel ils pourraient être relativement tranquilles pour mettre leur plan en œuvre. Tant que l’empereur actuel resterait au pouvoir, ils étaient presque assurés que le rythme de ces vols de reconnaissance ne serait pas modifié.

Le plan des Primiens s’était déroulé conformément à ce qu’ils avaient planifié.

∞∞∞∞∞∞∞∞

« Lieutenant Khee, vous êtes attendu dans la salle REM1 ». L’ordre reçu mentalement sortit Khee de ses réflexions.

La salle REM1 ou salle de Réunion de l’Etat-Major n°1, était la salle où les officiers se réunissaient pour planifier une action. Les seules fois que cette salle avait été utilisée remontaient aux temps où les Primiens avaient créé les Fortains. Depuis ces temps-là, soit plus de deux mille quatre cent soixante-dix cycles, elle n’avait jamais servi.

Khee sortit de sa cellule et se rendit à la salle REM1. Durant le trajet, il repensa aux derniers événements qu’il avait captés depuis sa cellule. La tension montait dans l’empire, les ambassadeurs de l’empereur rendaient des visites aux mondes sous tutelle, se montrant rassurants, présentant le prince Darnouar comme une chance pour l’avenir. Ils allaient même jusqu’à le dépeindre comme un futur dirigeant bienveillant, soucieux du bien-être de ses sujets et garant de la paix dans l’empire. Ils insistaient sur ce dernier point car, selon les informations des services de la Sécurité Extérieure à l’Empire, la S2E, des escarmouches avec des vaisseaux de la COGASE avaient lieu de plus en plus régulièrement aux frontières est et nord de l’empire.

La S2E ou Sécurité Extérieure à l’Empire était un service dépendant de l’armée impériale chargé de la sécurité aux frontières de l’empire. Elle devait contrôler toute intrusion dans l’empire et repousser celles qui pouvaient présenter un danger pour les peuples de la galaxie. On la soupçonnait depuis cinq cycles de prendre des initiatives au-delà de ses prérogatives et d’outrepasser ses fonctions. Ainsi plusieurs incidents avaient éclaté lors desquels des vaisseaux spatiaux de peuples sous protection de l’empire avaient été attaqués et détroussés, soi-disant par erreur.

La COGASE ou COalition pour une GAlaxie Sans Empire regroupait les peuples qui ne voulaient plus de la mainmise de l’empire. Elle était constituée principalement de peuples situés en limite est et nord de l’empire et comprenait environ un millier de planètes habitées pour une dizaine de peuples différents. De nature pacifique, la COGASE avait dû faire face à des attaques en règle des vaisseaux de la S2E, de plus en plus fréquentes depuis cinq cycles.

Les Fortains avaient reçu la visite de l’ambassadeur, qui leur avait garanti le soutien total et indéfectible du prince Darnouar pour le maintien de la paix dans la galaxie.

Khee en était là de ses réflexions quand il arriva à l’entrée de la salle REM1.

Il y avait, autour de la table située au milieu de la pièce, le général Whali, le général Xhyll, le capitaine Nock et le Lieutenant Lhoï.

« Entrez et asseyez-vous à la table, Lieutenant Khee ! » L’ordre venait du général Xhyll.

Khee s’installa. Le général Xhyll s’exprima le premier.

« Lieutenant Khee, vous avez désobéi à un ordre du Capitaine Nock, ici présent, lors des essais de l’ARMAIRO. Les ordres étaient clairs, vous deviez rentrer dans l’abri avant la nuit. Au lieu de cela, vous avez passé la nuit dehors, exposant le robot et mettant en péril la sécurité de l’abri. Le Lieutenant Lhoï a essayé de vous trouver des circonstances atténuantes, mais il ne m’a pas convaincu. Vous avez la possibilité de vous exprimer pour votre défense. Le souhaitez-vous ? »

« Général Xhyll, Général Whali, Capitaine Nock, lorsque nous sommes arrivés à proximité de l’abri, quatre caméraptors nous avaient encerclés et s’apprêtaient à nous attaquer » commença Khee.

« Vous n’allez pas recommencer avec cette histoire absurde ! » le coupa le général Xhyll.

« Général Xhyll, je vous demanderai en toute impartialité de laisser le Lieutenant Khee s’exprimer et présenter ses arguments ! » intervint à son tour le général Whali.

« Continuez Lieutenant ! »

« J’ai donc pris les devants sans attendre que les caméraptors attaquent. Après mon saut, je me suis assuré qu’ils me suivaient bien tous les quatres. Après cela, j’ai couru en m’assurant qu’ils étaient toujours à ma poursuite. Après un délai d’environ cent dulls, j’ai pensé que le Lieutenant Lhoï était rentré à l’abri. J’ai donc fait accélérer mon ARMAIRO pour distancer les caméraptors. Après quoi, je lui ai demandé de trouver un lieu au calme afin que je puisse me restaurer et boire. »

« Quoi ! Vous voulez dire que vous avez abandonné l’ARMAIRO seul en pleine nuit ! » Intervint de nouveau le général Xhyll.

« Continuez Lieutenant ! » poursuivit à son tour le général Whali.

« Merci Général Whali ! »

« Je n’avais pas le choix, poursuivit Khee. Nous étions partis pour une mission de deux à trois dells au maximum, sans ravitaillement. De plus les ARMAIRO, encore à l’essai, n’avaient aucune réserve d’eau ni de nourriture. Vous savez bien Général Xhyll, ce qui nous arrive lorsque l’on ne se nourrit pas à intervalles réguliers. Si je ne m’étais pas arrêté pour boire et manger, mon corps se serait mis en état de stase et sans ordre précis, l’ARMAIRO aurait cherché à rejoindre le plus proche abri, se mettant ainsi à la merci du premier prédateur venu ou pire. »

« Que peut il y avoir de pire dans la situation que vous aviez vous-même créée ! » intervint une fois de plus le général Xhyll.

« Imaginez que je sois tombé en état de stase et qu’un vaisseau de l’empire ait détecté la faible émission énergétique de l’ARMAIRO, Général Xhyll. Ne pensez-vous pas que cela aurait été pire ? » Le général Xhyll ne répondit pas.

« Continuez Lieutenant ! » intervint le général Whali.

« Avant de quitter l’ARMAIRO, je lui ai ordonné de surveiller les environs et de sauter sur une branche de l’arbre sous lequel nous nous étions arrêtés en cas de vibrations dans le sol annonçant l’arrivée d’un tauporaptor. Bien m’en a pris, car le temps que j’aille m’abreuver et me restaurer, un tauporaptor est survenu. L’ARMAIRO s’est mis à l’abri sur une branche basse à temps. Après quelques dizaines de dulls, le monstre est reparti sous terre et nous avons pu regagner la forêt et nous rapprocher de l’abri. Nous sommes montés sur une branche pour attendre, à l’abri des prédateurs, l’arrivée du jour. »

« Capitaine Nock, avez-vous procédé à l’examen des enregistrements des ARMAIRO du Lieutenant Khee et du Lieutenant Lhoï ? » demanda le général Whali.

« Oui, Général Whali, j’ai procédé selon vos instructions. »

« Quelles sont les conclusions de ces examens Capitaine ? »

« Elles sont incontestables Général. Si le Lieutenant avait suivi les ordres, les caméraptors auraient attaqué. »

« Qu’est-ce qui vous permet de tirer ces conclusions Capitaine ? » Intervint le général Xhyll.

« Les analyses des différents détecteurs des deux ARMAIRO ont montré une augmentation de température dans les muscles des pattes postérieures des caméraptors. Selon nos connaissances sur ces animaux, à chaque fois qu’il y a une élévation de température dans leurs muscles des pattes postérieures, l’attaque se produit dans un délai inférieur à cinq dulls. Le saut de l’ARMAIRO du Lieutenant Khee est survenu deux dulls avant cette attaque. Nous pouvons donc en conclure que le Lieutenant Khee a permis, par son action, de préserver les ARMAIRO. »

« Merci Capitaine ! Général Xhyll, je pense que nous pouvons réintégrer le Lieutenant Khee dans ses fonctions. »

« Effectivement Général Whali, même si cela ne me plait pas ! »

Sur ces pensées, le général Xhyll quitta la salle REM1 sans autre commentaire.

Le capitaine se tourna vers Khee : « Bravo Lieutenant ; je dois reconnaitre que votre analyse de la situation était bonne et que vous avez agi au mieux des intérêts des ARMAIRO. Bienvenue parmi nous ! »

Sur ces pensées le général Whali intervint : « Lieutenant Khee et Lieutenant Lhoï, vous êtes détachés pour une mission spéciale. Le Capitaine va vous expliquer en quoi elle va consister. Maintenant je dois vous laisser, la situation dans l’empire impose ma présence auprès du conseil des sages. »

Sur ces pensées, il quitta à son tour la salle, laissant le capitaine avec les deux Lieutenants.

Celui-ci s’élança à son tour vers la sortie « Suivez-moi Lieutenants ! »

Khee et Lhoï le suivirent dans un dédale de couloirs pour s’arrêter dans une salle gigantesque dans laquelle les Lieutenants reconnurent leurs ARMAIRO.

« Voici vos ARMAIRO Lieutenants. Elles ont été entièrement révisées, le plein d’énergie, de provisions et d’eau a été fait. Elles ont été équipées des derniers écrans de protection à très haute efficacité. Vous allez rejoindre en toute discrétion la planète Forta où on vous affectera à chacun un vaisseau spatial de type Fortain petit modèle modifié, celui qui peut être piloté par dix Fortains seulement. En l’occurrence vous serez seuls à le piloter. Dans les soutes de ces appareils, il y a un vaisseau de secours qui contient toutes les connaissances du peuple Primien dans un AMIA spécialement conçu pour cette mission. Ces vaisseaux sont les ultimes chances de sauver les connaissances de notre peuple au cas où un malheur arriverait à Prim. Ils ne doivent en aucun cas tomber entre les mains de l’empire. Votre mission est de sauvegarder ces connaissances, le temps que la situation dans l’empire se stabilise. Vous serez avisés par un signal de couleur rouge s’il arrive malheur à Prim ou par un signal de couleur verte lorsque les risques seront écartés. Vous pourrez alors nous rejoindre. Avez-vous des questions ? »

« Je ne comprends pas Capitaine ! » commença Khee. « Quel danger menace Prim qui nécessite de sauver toutes les connaissances de notre peuple ? Pourquoi n’y a-t-il que deux vaisseaux de prêts ? Qu’est-ce qu’un AMIA ? Comment… »

« Stop Khee ! Si vous ne faites que poser des questions comment voulez-vous que je vous explique la situation ? »

« Excusez-moi Capitaine, mais une telle situation d’urgence ne s’est jamais produite. Nous avons toujours anticipé les actions à mener, planifié les opérations, préparé les esprits à »

« Laissez-moi parler Khee ! »

« Excusez-moi Capitaine, mais c’est tellement nouveau. »

« Pour beaucoup de Primiens c’est nouveau. Voici ce que je sais.

Un évènement exceptionnel vient de se passer sur Malok.  Sachez simplement que nous intervenons, de façon très discrète, dans les affaires de l’empire depuis la création de celui-ci. Les directives reçues du conseil des sages de Prim ont toujours eu pour objectif le maintien de la paix au sein de l’empire.  Ne m’en demandez pas plus, je n’ai pas l’habilitation requise pour vous en révéler plus. D’ailleurs je ne le pourrais même pas car c’est une information secrète classée niveau 10. »

« Niveau 10 ! Mais on nous a appris à l’académie que c’est une information qui, si elle était révélée, pourrait entraîner la fin de Prim » intervint Khee.

« C’est exactement ce dont il s’agit Khee ! La situation dans le palais impérial a évolué depuis les cinq derniers cycles. Pour s’y préparer le conseil des sages a décidé de mettre au point un plan de sauvetage. Malheureusement les événements ont été très rapides et les préparatifs n’ont pas atteint le stade suffisant pour sauver les Primiens. Il n’existe que deux vaisseaux expérimentaux qui peuvent permettre au mieux de sauver nos connaissances. »

« Comment les pilotes ont été choisi pour assurer cette mission ? » demanda Khee.

« C’est l’ondinateur central qui a été privilégié pour désigner les deux pilotes. »

« Ainsi il a désigné Lhoï et moi-même. »

« Pas tout à fait Lieutenant Khee. Le Lieutenant Lhoï a effectivement été sélectionné ainsi que le Lieutenant Whoo. Mais le général Whali est intervenu et a demandé que l’on remplace Whoo par vous Khee. Sans son intervention, vous ne feriez pas partie de cette mission. »

« Je crois que je lui dois beaucoup ces derniers temps ! Pour en finir avec mes questions Capitaine, qu’est-ce qu’un AMIA ? »

« L’AMIA ou Appareil Multifonction à Intelligence Artificielle est un appareil construit sur la base d’un ondinateur ultra perfectionné auquel ont été ajoutés des accessoires de toutes sortes lui permettant de créer des objets tels que des mini robots, des sondes, etc… Il a la capacité d’utiliser toutes matières à sa disposition afin de créer ce dont il a besoin. Il est équipé de petites sondes qui peuvent aller se procurer les éléments qu’il a sélectionnés. »

« Jusqu’où devons aller Capitaine ? » demanda Lhoï.

« Vous n’avez aucune limite Lieutenant. Les nouveaux ondinateurs qui équipent vos vaisseaux de secours sont capables de détecter les signaux dans tout l’univers. Nous avons la possibilité de vous localiser où que vous soyez, pour cela nous utilisons les niveaux de réalité relative. D’autres questions ? »

« Est-ce que le signal de couleur rouge peut nous atteindre n’importe où aussi ? » demanda Khee.

« Oui. Vos ondinateurs se synchronisent régulièrement avec l’émetteur de Prim si bien qu’ils sont toujours en capacité de vous joindre.  D’autres questions ? »

« Que devons-nous faire si nous recevons le signal rouge ? » demanda Khee.

« Sauvez votre vaisseau de secours et … » Une alarme retentit à ce moment-là.

« Vite à vos ARMAIRO et bonne chance ! ».

∞∞∞∞∞∞∞∞

Khee et Lhoï se précipitèrent vers leur VAINS dans lesquels ils montèrent et se dirigèrent vers le talon droit de leur ARMAIRO respective. Dès qu’ils furent en place ils commandèrent aux machines de sortir de l’abri par la plateforme dans le tronc de l’arbre. A peine dehors, ils reçurent un signal de guidage d’un vaisseau Fortain qui les attendait à quelques centaines de ledes au-dessus de la forêt.  Ils le suivirent et entrèrent dans la soute de l’appareil qui démarra aussitôt pour rejoindre la planète Forta.

Dès qu’ils furent dans l’espace, Khee commanda au vaisseau de lui transmettre une vue de Prim. Il voulait garder en mémoire sa planète natale au cas où il lui arriverait malheur. Paraissant tout d’abord d’un vert relativement sombre, dû à la densité des forêts, elle se présenta, après, sous ses plus beaux atours. Les prairies ressortaient d’un vert plus clair, les déserts jaune paille et les lacs d’un bleu limpide donnaient une note multicolore à l’ensemble. Plus le vaisseau s’éloigna, plus les deux océans prirent de l’importance, ajoutant une teinte de bleu foncé dans ce monde de verdure. Puis rapidement les continents se dessinèrent et se dissipèrent dans la boule qu’était devenue Prim, dont la taille diminuait très rapidement.

Après quelques dells de vol, une autre boule apparut dans l’esprit de Khee.

« Voici Forta » pensa t’il.

La planète grossit à vue d’œil. Khee se remémora ce qu’il savait de Forta.

Deuxième planète du soleil Ondo, elle était de ce fait plus proche de lui que Prim, qui était la troisième planète. Elle effectuait son cycle en 25 dolls et elle tournait sur elle-même en 20 dells.

Les températures à sa surface allaient de 25 à plus de 55 tupes le jour, avec des chutes à – 20 tupes la nuit. Cet écart important était lié à la longue durée de sa rotation sur elle-même, qui entrainait une exposition plus longue au vide de l’espace lors de la période nocturne.

La planète était composée de quatre continents, dont deux très grands, qui formaient comme une ceinture autour de Forta, séparés par deux bras de mer. Les deux plus petits étaient situés aux pôles et étaient séparés des deux plus grands par deux océans qui avaient pour particularité de geler en surface la nuit.

Du fait des températures élevées en journée, la planète comportait plus de déserts que de forêts ou de prairies. Les contreforts de certaines anciennes chaînes de montagnes ressemblaient à des forts, que l’érosion avait dessinés au fil des cycles. C’était ces formations qui étaient à l’origine du nom de la planète.

Plus le vaisseau se rapprocha, plus Khee vit de détails.

La ceinture des continents lui apparut à une grande distance. Maintenant il voyait un des deux bras de mer qui les séparaient et qui auront certainement disparu d’ici des dizaines de milliers de cycles. La couleur dominante était l’ocre, avec quelques ilots de verdures par-ci par-là. Au niveau des pôles, une calotte toute blanche donnait à la planète un aspect un peu étrange sur le fond de l’espace. Khee savait que les villes étaient réparties équitablement sur les deux principaux continents, mais il ne les voyait pas encore.

Si les Fortains avaient été des êtres totalement organiques, leur planète n’aurait pas pu suffire à les alimenter. Pour éviter toute question indiscrète, ils ne recevaient aucun visiteur hormis les ambassadeurs de l’empire. De toute façon, avec leur mine patibulaire, ce n’étaient pas les touristes qui se précipitaient pour visiter leurs villes ou leur planète !

Le vaisseau se posa sur l’un des astroports de Forta. Les ARMAIRO rejoignirent leur propre vaisseau et décolèrent aussitôt. Dès qu’ils quittèrent l’atmosphère de Forta, Khee s’adressa à Lhoï.

« Nos chemins se séparent ici Lhoï. Pour la réussite de notre mission nous devons nous quitter. Quelle direction veux-tu prendre ? »

« Je suis d’accord avec toi Khee. Je pars vers la limite sud de la galaxie ».

« Bonne chance Lhoï, je pars donc vers la limite nord ».

Les vaisseaux prirent des directions opposées.

 

Chapitre 4 – Le temps des préparatifs

Cela faisait maintenant un demi doll que Darnouar était revenu de son ultime épreuve.

Un demi doll que l’empereur était sans connaissance et que Clyandre veillait sur lui.

Bien sûr Darnouar s’était rendu au chevet de son père peu après être revenu de Prim.

Clyandre lui avait fait un compte-rendu détaillé des derniers dells de lucidité de l’empereur. Mais Darnouar restait convaincu qu’il ne lui avait pas tout dévoilé.

Il doutait de la véritable raison de sa veille auprès de l’empereur, alors que ce rôle incombait à Loupas.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Durant ce demi doll il n’était pas resté inactif. Il en avait profité pour renforcer sa position dans l’armée en rendant visite à quelques-uns des généraux les plus influents. Certains s’étaient montrés réticents quand Darnouar avait abordé le sujet des escarmouches aux limites nord et est de la galaxie et plus particulièrement sa vision sur ces évènements. Il n’avait pas insisté, mais avait soigneusement enregistré le nom de ces généraux.

Il avait aussi rendu visite à ses fidèles officiers dans les différents corps d’armée, ceux en qui il avait toute confiance.  C’est ainsi qu’il avait pu nommer quelques officiers méritants dans des avant-postes aux confins de la galaxie. Les rapports qu’ils envoyaient faisaient état de flottilles de plus en plus nombreuses et téméraires, qui pénétraient dans l’espace galactique sans autorisation pour semer un esprit de rébellion dans les mondes dits extérieurs. Selon ces rapports, ces flottilles appartenaient toutes, sans exception à la COGASE. Quelques heurts avaient eu lieu, sans gravité, mais l’armée avait eu à déplorer la perte de deux vaisseaux spatiaux. L’affaire commençait à prendre des proportions suffisamment importantes pour que les généraux aient décidé de prendre des mesures.

Cependant, ce qu’ignoraient les généraux, était que ces vaisseaux rebelles étaient commandités par les PHOUINES du prince Darnouar lui-même. Pour arriver à ses fins, le prince devait provoquer une situation qui lui permettrait de faire appel à l’armée pour rétablir un ordre qui se verrait menacé.

Les rapports devenaient de plus en plus pressants, insistant sur l’urgence d’intervenir avant que la COGASE ne prenne trop d’importance. Chaque jour qui passait voyait de nouveaux peuples qui se ralliaient à leurs idées, grignotant petit à petit les bordures de l’empire.

En l’absence de l’empereur demeurant hors d’état d’agir, c’est le conseil impérial qui prenait les décisions, conseil dans lequel le prince Darnouar avait une place prépondérante. Les conseillers de l’empereur se ralliaient très souvent aux arguments du futur empereur. Et quand celui-ci qualifiait les escarmouches, attribuées à des soi-disant rebelles, de piqûres de mouches sur le dos d’un bigosaure et que l’empire avait d’autres centres d’intérêt bien plus importants à examiner pendant que l’empereur agonisait, les conseillers suivaient son avis.

Cette situation était facilitée par la nature des rapports qui parvenaient au conseil impérial. Pas question de retransmettre les rapports adressés par les officiers sans en vérifier la teneur et sans les réduire à quelques phrases bien choisies. C’était le rôle du service de communication de l’armée chargé de remettre au conseil impérial la vision la plus synthétique possible de la situation dans la galaxie.

Le prince Darnouar avait placé l’un de ses officiers au service de communication de l’armée. Les rapports à destination du conseil impérial étaient soigneusement préparés et devaient obtenir l’accord du prince avant d’être diffusés. Ainsi la boucle était bouclée !

∞∞∞∞∞∞∞∞

Darnouar, n’avait pas seulement rendu visite à l’armée, il avait profité de la présence de Clyandre au chevet de l’empereur pour aller voir les principaux assistants du COPE. Il leur avait rappelé leur rôle si important dans le fonctionnement de l’empire, les recherches à poursuivre pour soutenir l’effort de paix, si cher aux scientifiques, que l’empereur s’efforçait de maintenir. Il avait insisté sur les qualités de Clyandre et précisé qu’il avait une confiance totale en lui. Il les avait assurés qu’une fois empereur, il leur donnerait encore plus de moyens.

Il avait abordé certains sujets qui lui étaient chers, tels que les moyens de détection et plus particulièrement les seuils en deçà desquelles on ne savait détecter une présence énergétique, tant du point de vue quantum que du point de vue du délai écoulé après l’émission initiale. Il leur avait demandé s’il était possible de cacher ou neutraliser une émission énergétique. La réponse que les scientifiques lui firent le laissa sur sa faim, en effet, ils lui dirent que théoriquement cela était possible mais que pour le moment, à leur connaissance, personne dans l’empire n’avait réussi. Cette réponse lui avait fourni l’occasion d’aborder un autre sujet concernant les connaissances acquises dans l’empire. Selon eux, était-il possible que certains peuples de l’empire soient plus avancés techniquement que les Malokrians ? Les scientifiques furent tous unanimes en disant que c’était totalement impossible, car tout au long de la création et de l’extension de l’empire, le secteur recherche et exploration n’avait cessé de se rendre sur les nouveaux mondes, récupérant pour son compte les technologies nouvelles ou inconnues. Ainsi sur chaque monde visité qui comportait une forme de vie intelligente, avait été installé un PUCO, permettant à leur service de s’y rendre comme il l’entendait. Ils précisèrent que même sur Prim, plusieurs PUCO avaient été installés alors que l’on ne pouvait pas vraiment qualifier la faune, constituée à 99% de dinosaures, d’intelligente ! Cet exemple devait montrer au prince que le degré d’intelligence retenu pour l’installation de PUCO était très faible.

Le prince avait abordé la maladie mystérieuse de l’empereur et l’impuissance des médecins à porter un diagnostic, montrant aux scientifiques son intérêt pour la biologie et la chimie. Il avait fait part de son agacement devant l’incapacité des scientifiques à lui apporter une réponse à certaines questions.

Il les avait quittés avant de s’emporter, il ne supportait pas de ne pas avoir de réponse à ses questions. Il fallait absolument que ces scientifiques lui soient bientôt totalement dévoués, quels que soient les ordres qu’il serait amené à donner.

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Il passa aussi beaucoup de temps avec Mulhei, le chef de ses PHOUINES. Celui-ci lui confirma que chacun des agents avait rejoint le poste qui lui avait été assigné. Les effets de cette mise en place se faisaient sentir depuis quelques dolls et tout était prêt si l’empereur venait à décéder le soir même.

Il lui détailla le plan qu’il avait imaginé et mis en place pour que les escarmouches dans le nord et l’est galactique donnent l’impression que la COGASE prenait de l’ampleur et devenait une menace pour l’empire.

Le prince Darnouar le félicita car le plan avait atteint tous ses objectifs. Bientôt le nouvel empereur, c’est-à-dire lui- même, pourrait se servir de ces rapports afin de déclencher une riposte proportionnelle aux risques encourus par l’empire. La sécurité des peuples galactiques n’avait pas de prix !

Mulhei, lui indiqua aussi que des agents avaient été introduits avec succès dans les services du COPE et que celui-ci n’avait rien soupçonné. Les scientifiques étaient inquiets pour Clyandre, son absence se prolongeait et ils n’avaient que peu d’information sur sa situation. Le prince demanda à Mulhei d’informer les scientifiques que Clyandre était au chevet de l’empereur à la demande expresse de celui-ci et qu’il veillait jour et nuit en attendant son réveil. Il lui dit d’envoyer un agent à Clyandre pour qu’il fasse lui-même un enregistrement à destination de ses services, tout en leur précisant que c’était sur demande du prince. Cela leur remonterait le moral et renforcerait sa position auprès d’eux.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Il avait aussi rendu visite aux conseillers spéciaux, dans la salle de réception des appartements de l’empereur qui, devant ses arguments, avaient accepté de le recevoir. S’il espérait en apprendre plus sur leur aspect physique ou leur faciès, il en eut pour son compte !

Ils étaient tous là, les huit conseillers spéciaux, dans leur cape avec leur grande capuche qui masquait totalement leur visage.

De ce qu’il en savait, ils avaient toujours été présents auprès des empereurs successifs. Etaient-ce les mêmes individus depuis l’origine de l’empire ou bien se remplaçaient ils une fois jugés trop âgés ?

Il n’avait pas la réponse.

  • « Que veux-tu de nous petit empereur ?» entendit Darnouar dans son esprit. Surprit, il mit quelques dulls à réagir. Il répondit :
  • Pourquoi m’appelez-vous petit empereur ?
  • « Ton père, l’empereur Malok 12, n’est pas encore décédé. Tu n’es pas encore empereur, mais tu le deviendras très rapidement. Tant qu’il aura un souffle de vie nous t’appellerons petit empereur, la deuxième raison est que tu n’atteindras jamais le rayonnement de ton père. »
  • Quand vous dites très rapidement, vous savez exactement quand il va mourir ?
  • « Oui, sa mort surviendra dans les trente-six prochains dells.»
  • Comment avez-vous cette information ? Etes-vous capables de voir l’avenir ?
  • « Voir l’avenir, comme tu l’entends, n’est pas à notre portée. Par contre les signaux envoyés par les organes de l’empereur nous permettent d’estimer le moment de sa fin».
  • Vous êtes en mesure de capter les signaux des organes d’une personne ? Mais quel type d’individus êtes-vous ? De quels moyens disposez-vous ?
  • « Tout ce que tu dois savoir sur nous, tu le sais ! tu n’auras aucune autre information nous concernant. Cela fait partie du pacte passé depuis l’origine de l’empire entre nous et celui qui devient empereur. Si tu le respectes, nous restons, sinon nous disparaissons !».
  • En quoi allez-vous m’être utile ?
  • « Poses toi la question. Nous sommes les conseillers spéciaux des empereurs depuis 2500 cycles. S’ils avaient jugé notre présence inutile, il y a longtemps que nous ne serions plus à leurs côtés ».
  • Dites-moi quelque chose qui me convainc et je réfléchirai à votre proposition.
  • « Tu n’as rien à craindre de la COGASE, car les escarmouches ont été organisées par tes PHOUINES !».

Malgré lui, Darnouar sursauta.

  • Comment pouvez-vous être au courant ? Ceci est un de mes secrets les mieux gardés !
  • « Si cela peut te rassurer, aucune de tes PHOUINES ne t’a trahi. Nous avons abouti à cette conclusion par le recoupement d’informations recueillies ici et là».
  • Connaissez-vous d’autres de mes secrets ?

Tout à coup Darnouar s’aperçut qu’il venait de se trahir lui-même, avouant qu’il avait d’autres secrets.

  • « Tes autres secrets ne nous sont pas inconnus ! nous n’interviendrons pas tant que la paix de l’empire ne sera pas menacée. Si cela devait arriver, nous agirions pour faire cesser la menace !».
  • Mais pour qui vous prenez vous ! l’empereur c’est moi ! je ne tolérerai aucune menace quelle qu’elle soit !

Darnouar avait voulu sortir son pistolaser pour éliminer ce qu’il considérait comme une nouvelle menace, mais ses bras, ses mains et ses doigts ne lui obéissaient plus. Même ses jambes refusaient tout mouvement.

  • Que m’arrive-t-il ? Je n’arrive plus à bouger ?
  • « Tu n’es plus en possession de tes capacités de mouvements ! tu es un être dangereux Prince Darnouar et ne mérites pas d’être empereur. Mais cela nous ne pouvons pas l’empêcher. Saches que quelle que soit ta décision à notre égard, nous cessons sur le champ nos services à l’empire !».

Les huit conseillers spéciaux se retournèrent et sortirent de la pièce. Ce n’est que quarante dulls plus tard que Darnouar retrouva l’usage de ses mouvements.

Il se dirigea aussitôt dans la pièce par où étaient sortis les conseillers spéciaux, mais il n’y avait plus aucunes traces des huit personnages. Il appela immédiatement Mulhei à l’aide de son BREF et lui demanda de retrouver les conseillers spéciaux qui devaient toujours se trouver dans l’aile du palais impérial réservée à l’empereur.

Malgré un bouclage en règle de toutes les issues et la fouille dans les moindres recoins de chaque pièce par des sondes équipées de senseurs de toutes sortes, les rapports furent tous unanimes. Les conseillers spéciaux avaient disparu de l’aile du palais réservée à l’empereur.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Cette rencontre avait eu lieu un dixième de doll avant.

Mulhei signala à Darnouar, peu après la disparition des huit conseillers spéciaux, que deux vaisseaux Fortains de petits modèles avaient quitté leur planète dans des directions opposées.

Bien que le décollage de vaisseaux Fortains ne soit pas rare, le fait qu’ils partent dans des directions opposées intrigua le futur empereur. Il demanda à Mulhei de les faire suivre et exigea un rapport sur leur destination.

Darnouar avait un mauvais pressentiment au sujet de ces deux vaisseaux. Son instinct l’incitait à les faire détruire au plus vite car il ressentait une lointaine menace qu’il ne savait expliquer, comme si leur départ était lié d’une façon ou d’une autre à la disparition des conseillers spéciaux.

D’un autre côté, deux vaisseaux ne pouvaient être une menace pour un empire galactique, si tant est qu’ils auraient dans leurs soutes les huit personnages si mystérieux et inquiétants à la fois.

Il fut tiré de ses réflexions par un appel du docteur Loupas

  • Prince Darnouar, l’empereur semble sur le point de reprendre connaissance.
  • J’arrive tout de suite docteur. Que personne d’autre que moi ne parle à l’empereur s’il se réveille. J’ai bien dit personne !
  • A vos ordres Prince Darnouar.

Il utilisa un VIPI pour rejoindre au plus vite la chambre de l’empereur. A peine arrivé, le docteur Loupas l’attendait.

  • Alors docteur où en est la situation ? demanda Darnouar.
  • L’empereur est agité, Prince. J’ai déjà rencontré ce type de réaction dans des cas similaires. Cela se termine soit par le réveil, soit par le décès du patient.
  • Combien de temps peut durer cette phase avant le réveil ?
  • De quelques dells à un dixième de doll. Je n’ai jamais connu ou entendu parler de cas dont la situation se soit prolongée au-delà de ce délai.

Le prince et le docteur arrivèrent au chevet de l’empereur.

  • Le COPE n’est pas là ? demanda Darnouar
  • Je lui ai demandé de quitter la chambre avant votre arrivée. Vous ne vouliez personne auprès de l’empereur s’il venait à se réveiller.

Le prince ne répondit pas et observa son père. Celui-ci avait terriblement vieilli et maigri. Il respirait difficilement et de temps en temps tournait la tête de droite à gauche en geignant.

Darnouar était partagé. Il ne voulait pas que Clyandre soit seul avec l’empereur s’il venait à se réveiller et il ne pouvait pas rester là à attendre.

Il se décida enfin, dit au docteur qu’il ne pouvait pas s’attarder davantage. Il lui précisa qu’il voulait être averti en urgence si l’empereur venait à retrouver ses esprits. Puis il quitta la chambre de l’empereur et appela Mulhei :

  • Mulhei, envoyez une sonde de surveillance dans la chambre de l’empereur. Je veux qu’elle soit invisible et indétectable. Personne d’autre que vous ne devra être au courant de sa présence. Elle devra être programmée pour m’envoyer une alerte si l’empereur venait à se réveiller et devra pouvoir neutraliser temporairement toute personne qui serait à son chevet. L’empereur ne doit parler à personne d’autre que moi. C’est bien compris !
  • C’est parfaitement clair Prince Darnouar. Vous pouvez compter sur ma discrétion et sur la réussite des mesures que je vais mettre en œuvre.
  • Bien Mulhei ! au fait, votre fils se porte bien. Les dernières nouvelles que j’ai reçues de lui étaient bonnes.
  • Merci pour cette bonne nouvelle, Prince, vous savez que vous pouvez compter sur mon indéfectible dévouement.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Le prince Darnouar monta sur un VIPI et se dirigea vers ses propres quartiers. Il lui fallut plus de temps que prévu pour les atteindre car en chemin il croisa nombre de personnages importants qui vivaient aux crochets de l’empereur et lui demandèrent des nouvelles sur son état de santé.

Enfin arrivé dans ses appartements privés il décida de changer de vêtement pour sa prochaine visite. Il entra dans sa CLICHE et sélectionna une tenue qui adaptée à son prochain entretien.

La CLICHE ou Cabine de Lavage Individuelle et de Changement d’Habit Express est une cabine dans laquelle la personne pénètre. Des bras robotisés lui enlèvent ses vêtements et une douche aseptisée coule du plafond et de jets, situés dans les parois tout autour de la cabine, pour la laver. Ensuite un courant d’air chaud sèche le corps et les bras robotisés remettent en place les nouveaux vêtements sans oublier les APRETDECO. Entre l’entrée et la sortie de la cabine il s’écoule en moyenne dix dulls.

L’APRETDECO ou Adaptateur Pour REcupération et Traitement des DEchets COrporels est un système qui s’adapte aux orifices naturels de la personne et récupère les déchets corporels. Les fluides sont traités par filtration et les matières solides par dessiccation. Les eaux issues du traitement sont stockées dans des poches, les matières desséchées dans d’autres poches et l’ensemble de celles-ci sont récupérées lors du passage en CLICHE. Les vêtements et leur APRETDECO, qui sont enlevés à leur porteur, sont traités en dehors de la cabine. Des robots spécialisés font régulièrement le tour des CLICHE pour faire la collecte des APRETDECO pour certains et des vêtements pour d’autres. Les eaux stockées sont utilisées pour l’arrosage des plantes, les déchets solides sont récupérés et valorisés, quant aux vêtements, ils sont lavés, réparés si nécessaire et renvoyés à la CLICHE d’où ils avaient été prélevés.

Puis il remonta sur son VIPI et se dirigea vers sa clinique personnelle où il devait faire un point avec le docteur Themor, son médecin très personnel.

Arrivé dans son bureau, il demanda :

  • Il est temps que nous fassions un point sur nos affaires Docteur !
  • Je suis à votre disposition Prince Darnouar. Mes dossiers sont à jour. Je vous invite à me suivre dans mon arrière bureau où nous pourrons discuter sans crainte.
  • Passez devant, je vous suis.

Le médecin se dirigea vers un mur où apparaissait une fausse porte. Dès qu’il approcha, l’air autour du mur devint flou et un PUCO apparut. Le prince suivit le médecin vers une direction qu’il connaissait bien. Arrivés à destination, ils se dirigèrent vers une porte sans signe distinctif.

Une fois ouverte elle donna accès à un grand couloir. Ils prirent la troisième porte sur leur droite qui donna accès à un autre couloir. Là, ils prirent la cinquième porte sur leur gauche, qui était un autre PUCO qui leur permit d’arriver enfin à leur destination finale.

Un grand bâtiment de deux étages se dressait devant eux, au milieu d’un environnement très singulier. Une forêt d’arbres gigantesques entourait une zone de plusieurs centaines de semes avec au centre un lac d’une dizaine de semes et une île au milieu de laquelle trônait le bâtiment. Tout autour du lac une savane parsemée d’arbres faisait la liaison entre l’étendue d’eau et la forêt. De nombreux animaux venaient s’abreuver au lac la nuit, mais aussi le jour, faisant le régal des prédateurs.

Ils pénétrèrent dans le bâtiment, descendirent au vingtième sous-sol par une CATRAPE.

La CATRAPE ou CAbine de Transport RApide de PErsonnes est une installation dans les bâtiments permettant de se déplacer verticalement à grande vitesse. Elles peuvent contenir jusqu’à dix personnes. Pour le transport de matériel ce sont les PETRAM qui sont utilisées.

La PETRAM ou Plateforme Elévatrice pour le Transport RApide de Matériel est une plateforme réservée au transport de matériel et de marchandises. Elle permet de déplacer des objets volumineux rapidement entre les étages. Les robots utilisent uniquement les PETRAM lors de leur déplacement. Ces plateformes peuvent être très volumineuses pour permettre l’approvisionnement en machines ou éléments de mobilier. Par contre, dans de nombreuses planètes, les installations de fabrication de vaisseaux spatiaux sont enterrées et l’approvisionnement en matériel ou matériaux très volumineux se fait par des sas ou directement par les ouvertures principales d’entrées et sorties, les PETRAM n’étant pas adaptées dans ces cas précis.

La cabine donna accès à un grand couloir dont les différents locaux comportaient tous une vitre blindée. En passant devant les pièces, le prince put voir quelques-uns des locataires.  C’est ainsi qu’il vit un véritable centaure, et dans une autre pièce il vit une sirène sur un rocher au bord d’une pièce d’eau, plus loin un satyre, un caméraptor et plein d’autres étrangetés.

Ils arrivèrent enfin dans le bureau secret du docteur Themor.

–  Par quel dossier voulez-vous commencer Prince Darnouar ?

– Avant tout, je voulais vous exprimer toute ma gratitude pour le cocktail que vous avez préparé pour l’empereur. Il a eu le même effet que sur Cenouar, comme vous l’aviez annoncé. Même le docteur Loupas n’y a rien vu.

– Ce n’est pas étonnant, Prince, lui est médecin. Il cherche uniquement à soigner. Alors que moi, je crée, j’invente de nouvelles molécules, j’expérimente de nouvelles méthodes, j’explore le vivant. Ma créativité n’a pas de limites et vous me donnez les moyens dont j’ai besoin pour toutes mes expérimentations. Je ne vous serai jamais assez reconnaissant.

– A ce propos, où en sont vos recherches sur l’allongement de la durée de vie dont vous me parliez il y a quelques dolls ?

– Elles avancent, Prince, elles avancent même bien. Je progresse, mais ce sera long.

– Bien, continuez docteur ! maintenant reparlez-moi du cas Lova’m.

– Souhaitez-vous que je vous explique une nouvelle fois les effets de la substance que je vous ai fourni pour elle, il y a plusieurs dolls de cela ?

– Oui Docteur, bien que je l’aie testée une fois, j’ai besoin d’être sûr de n’avoir rien oublié.

– Le produit que vous lui avez fait absorber fera son effet lorsque vous le déciderez. Il vous suffira d’émettre un code depuis votre BREF. Vous devrez alors être à moins de cent ludes de Lova’m. Lorsqu’il sera activé, il ne sera plus possible de l’arrêter. Seul un autre produit pourra le neutraliser.

– Quels sont ses effets ?

– Aucun ! elle ne ressentira absolument rien. Elle vivra normalement pendant un délai fixé à un doll. Après il lui restera six dells à vivre sauf si elle reçoit le produit neutralisateur ou une nouvelle émission du code à partir de votre BREF.

– Sentira t’elle quelque chose quand le délai d’un doll sera écoulé ?

– Oui, conformément à votre demande. Elle ressentira une vive douleur dans le bras droit qui s’estompera rapidement. Puis elle réapparaitra tous les dells. Enfin dans les deux cents derniers dulls, une paralysie du bras droit, puis du côté droit se manifestera. La mort interviendra exactement six dells après le premier symptôme. Vous serez averti par une vibration de votre BREF cent dulls avant la fin.

– C’est parfait docteur, c’est exactement ce qui s’est produit lors du test que j’ai effectué et que j’ai interrompu avant la fin. Parlez-moi un peu des généraux maintenant.

– Eh bien, comme vous me l’avez demandé, je leur ai préparé une potion qui agira lorsqu’ils consommeront du goulasch. Je me suis assuré qu’ils ont tous bien absorbé leur potion.

– Quel sera l’effet lorsqu’ils mangeront du goulasch ?

– Aucun sur le moment. Puis en fonction de la corpulence et du métabolisme de chacun, une forte fièvre suivie d’une hémorragie chez certains ou une douleur au bras droit suivi d’une paralysie du muscle cardiaque chez d’autres et enfin les derniers seront victimes d’un AVC (Accident Vasculaire Cérébral) fulgurant. Il sera ainsi très difficile de trouver un lien entre ces décès, d’autant que les symptômes dureront plus ou moins longtemps en fonction de la quantité de potion et de goulasch absorbés.

– C’est parfait docteur, ainsi je pourrai remplacer une partie seulement des généraux. Il me reste à finaliser la liste de ceux qui participeront au premier repas.

– Dans la liste que vous m’avez confié Prince Darnouar, j’ai remarqué qu’il n’y avait aucun haut fonctionnaire de l’empire. Pourtant toutes les autres catégories étaient bien représentées.

– Ne vous inquiétez pas Docteur, ce n’est ni un oubli ni une erreur de ma part, mais grâce à Mulhei j’ai d’autres moyens de me garantir la loyauté de ces personnes. A ce propos, dites-moi comment agira le produit que l’on a fait absorber à son fils ?

– C’est un peu le même principe que pour Lova’m, mais pour vous éviter un rendez-vous régulier avec Duttho, le fils de Mulhei, j’ai mis au point une autre stratégie. Le poison est déjà actif dans son organisme. Pour le neutraliser, il faut qu’il absorbe à espaces réguliers une substance bien précise contenue dans les jets de lavage de toutes les CLICHE. Elle passe dans l’organisme par les pores de la peau. Il doit se laver une fois tous les demi dolls sinon le poison fera son action. Le règlement de l’école impériale stipule que le passage dans la CLICHE est obligatoire deux fois par quart de doll. Ce délai peut être allongé en cas de stage de survie, mais ne dépasse jamais un demi doll, à cause de la limite imposée par les poches des APRETDECO, qui ont un volume de stockage non extensible.

– Très ingénieux Docteur Themor, mais comment faire pression sur Mulhei si son fils reçoit l’antidote régulièrement ?

– Il suffira que le directeur de l’école le convoque pour un motif quelconque. Le passage dans le sas qui protège le bureau du directeur provoquera l’accélération de l’action du poison. Il lui restera alors douze dells à vivre. Les premières douleurs se manifesteront deux dells plus tard. Cela sera le premier signal d’alerte. Pour annuler le processus il faudra qu’il passe dans une CLICHE et le cycle reprendra à son début. Ainsi ce délai relativement court ne permettra pas à Mulhei de faire appel à une aide extérieure.

– Vous avez parfaitement atteint l’objectif, Docteur. Maintenant je vais devoir vous laisser à vos occupations.

Le prince quitta le bureau et se dirigea vers la CATRAPE située au fond du couloir. Pendant qu’il marchait, son regard fût attiré par un mouvement rapide à travers une des vitres blindées. Il tourna la tête et son regard croisa celui d’une créature issue du bestiaire du docteur Themor. Sans s’en rendre compte, il s’arrêta et fut captivé par la créature. Celle-ci ressemblait à un humanoïde, mais avec un cou anormalement long et une tête serpentiforme avec deux yeux qui vous hypnotisaient.

Darnouar sentait une profonde attirance pour cette créature qu’il trouvait très belle, totalement inoffensive et injustement enfermée. Une telle beauté de la nature avait sa place à l’air libre et devrait jouir d’une totale liberté. Il se dirigea, s’en en avoir conscience, vers le clavier situé à proximité de la paroi vitrée. Au moment où il entra les premiers chiffres de son code personnel, il vit le docteur Themor surgir de son bureau. Celui-ci lui administra un jet de gaz qui eut pour effet de ramener le prince à la réalité.

–    Que se passe t’il Docteur ?

–    Vous avez été victime de mon HUPNO, Prince Darnouar !

–    Qu’est-ce qu’un HUPNO ?

–    L’HUPNO est une créature de forme humanoïde ayant des pouvoirs hypnotiques très puissants. Elle peut s’emparer de la volonté de sa victime mais a besoin de croiser son regard. Pour cela elle l’attire par sa beauté et son chant qui engagent celle-ci à se retourner pour identifier la créature qui émet une aussi belle mélodie. Tombant sous le charme de la voix et de l’esthétique de l’HUPNO la future victime la regarde et tombe dans un piège fatal. En l’occurrence c’est sa beauté qui vous a attiré car la cabine est totalement hermétique aux sons. Sans la vitre blindée spéciale anti hypnotisme, vous auriez succombé à son pouvoir.

–    Heureusement que l’alarme s’est déclenchée quand j’ai voulu rentrer mon code sur le clavier d’ouverture de la porte.

–    Mais Prince Darnouar, il n’y a aucun clavier ! Regardez par vous-même ! Vous avez été victime d’une suggestion qui visait à vous faire dévoiler votre code secret !

En regardant les contours de la vitre, le prince ne vit effectivement aucun clavier.

–    Comment avez-vous été alerté, dans ce cas ?

–    Tout simplement, par le temps anormalement long que vous mettiez pour atteindre la CATRAPE ! J’ai installé un système automatique entre la sortie de mon bureau et l’entrée dans la CATRAPE. Normalement il faut dix dulls pour franchir cette distance. Lorsque le délai est dépassé de plus de de deux dulls, un voyant m’alerte.

–    Je suis donc resté dix dulls devant cette vitre ?

–    Non, en fait vous êtes restés pendant quarante dulls devant la vitre. Au moment où le voyant s’est déclenché, j’étais en communication avec un de mes chefs de laboratoire et je tournai le dos au voyant. Ce n’est qu’à la fin de la conversation que je me suis aperçu que le voyant clignotait.

–    Que serait-il passé si votre communication s’était prolongée ?

–    Vous auriez, sans le vouloir, transmis votre code personnel à la créature qui aurait pu alors sortir de sa cellule !

–    Vous voulez dire qu’elle aurait pu s’échapper !

–    Oh non, car pour emprunter la CATRAPE située au fond du couloir, il faut que le schéma mental de la personne qui compose le code corresponde à cette personne.  Cette créature n’a pas la capacité de copier ou d’imiter votre schéma mental.

–      Heureusement, ce n’est pas près d’arriver !

–      Détrompez-vous Prince, nous soupçonnons certaines créatures d’avoir les capacités pour réussir cette prouesse.

–      Qui sont-elles ? Est-ce qu’elles font partie de l’empire ?

Au moment où le docteur allait répondre, le BREF du prince s’alluma. Le docteur Loupas apparut très agité.

–    Prince Darnouar, l’empereur reprend conscience, venez au plus tôt !

 

Chapitre 5 – D’autres préparatifs en vue

Darnouar arriva dans la chambre de l’empereur après être passé par la CLICHE de ses appartements privés. Après ce que le docteur Themor lui avait révélé, il n’avait que peu de confiance dans les installations à la portée de tout le monde. Au moins, dans son espace privé, tout était contrôlé et vérifié. Rien n’avait été laissé au hasard, le prince savait mieux que personne qu’il ne pouvait se fier à qui que ce soit.

Le docteur Loupas était au chevet de l’empereur et salua le prince.

  • Prince Darnouar, l’empereur s’agite de plus en plus. Selon mes appareils et mon expérience, son réveil est une question de quelques dizaines de dulls, voire moins.

A peine venait-il de terminer sa phrase que l’empereur ouvrit les yeux.

–      Où est Clyandre ? demanda l’empereur.

–      Il a dû aller se reposer, répondit le docteur, il vous a veillé très longuement. Votre fils, le prince Darnouar est là, Majesté.

–      Docteur, intervint Darnouar, faites venir Clyandre au plus vite. Dépêchez-vous !

Le docteur s’éloigna pour appeler Clyandre depuis son BREF, mais tout en restant dans la chambre du malade.

L’empereur reprenait doucement son souffle. Chaque parole qu’il prononçait donnait l’impression de lui coûter un effort inouï. Il haletait, fermait les yeux et attendait de reprendre quelques forces pour continuer.

  • Père, je suis si content de voir que vous allez mieux. Que vouliez-vous dire à Clyandre ? Il m’a informé dans les moindres détails de votre dernière conversation, avant que vous n’ayez ces visions cauchemardesques qui vous ont plongé dans l’inconscience.
  • Laisse-moi Darnouar, c’est à Clyandre seul que je veux parler. J’ai confiance en lui.

Cette nouvelle phrase laissa l’empereur dans un état de faiblesse encore plus marqué.

Darnouar le regarda, attendant qu’il ouvre les yeux pour continuer à lui parler.

Le docteur s’approcha.

  • Prince Darnouar, je vous prie de bien vouloir quitter la chambre de l’empereur, comme il vous l’a demandé.
  • Très bien Docteur Loupas, puisque ce sont les dernières volontés d’un mourant, je sors.

Le docteur Loupas releva les propos du Prince mais ne réagit pas car il n’était pas bon de déplaire au futur empereur, même s’il réprouvait cette façon d’agir.

Le prince fit demi-tour et s’éloigna vers la sortie tout en jetant un regard furtif vers le plafond pour essayer de repérer la sonde que Mulhei avait dû mettre en place.

A peine avait-il quitté la chambre, qu’un R3I entrait en portant Clyandre.

Il appela Mulhei pour qu’il modifie la programmation de la sonde qui devait être dans la chambre de l’empereur, maintenant. Elle ne devait pas intervenir mais simplement enregistrer tout ce qu’il s’y passerait.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Clyandre était dans son CREFOR lorsque le R3I vint le chercher. Il n’eut pas le loisir d’en profiter, même partiellement.

Le CREFOR ou Caisson de REcupération des Fonctions de l’ORganisme est un caisson dans lequel se couche la personne qui souhaite retrouver très rapidement des forces. Le caisson, totalement hermétique, plonge le patient dans un environnement isolé de l’extérieur et crée des conditions propices au repos. Des ondes bienfaisantes sont diffusées pendant le sommeil, ce qui permet à l’organisme de récupérer beaucoup plus rapidement que par un repos naturel. En même temps, une musique douce suggère des images apaisantes. D’autres ondes massent les muscles du patient, ce qui tonifie le corps pendant son repos. Ainsi, lorsqu’il se réveille, il se sent tout de suite frais et en pleine forme.

La machine fit ouvrir, par une impulsion, le capot du caisson qui glissa sur le côté. Elle saisit Clyandre avant qu’il ait pu entreprendre un geste et l’emmena à toute vitesse vers les appartements de l’empereur.

Alors qu’elle entrait dans la chambre de l’empereur, la machine croisa le prince Darnouar qui sortait. Celui-ci n’eut même pas un regard pour Clyandre. Il lui sembla que le prince ne quittait pas le chevet de son père de son plein gré. Encore des problèmes en perspective !

Le R3I déposa Clyandre au chevet de l’empereur qui ouvrit les yeux à ce moment précis.

– Clyandre enfin ! approche, je ne peux pas parler fort.

Clyandre se rapprocha tout contre la tête de l’empereur.

– Les conseillers spéciaux, Clyandre, il ne faut pas les sous-estimer. C’est grâce à eux que la paix règne dans l’empire. Il faut que tu saches qui ils sont, c’est important.

L’empereur ferma les yeux et reprit son souffle, il semblait épuisé d’avoir dit seulement trois phrases.

Enfin, après plusieurs dizaines de dulls de silence, l’empereur reprit :

– Les conseillers spéciaux sont des …

A ce moment-là l’empereur se figea, les yeux exorbités :

– Là, il est là ! non pas lui ! il approche !

Clyandre avait beau regarder dans la direction que fixait l’empereur, il ne vit rien.

– Majesté, je ne vois rien ! que voyez-vous ?

– Mais c’est lui ! il approche toujours !

A ce moment-là la tête de l’empereur retomba les yeux figés dans la terreur. Clyandre saisit son BREF.

– Docteur Loupas, vite, l’empereur a fait un malaise !

Quelques dulls plus tard le médecin personnel de l’empereur était au bord du lit.

Il passa son BREF sur le corps de l’empereur et secoua la tête.

– Il n’y a plus rien à faire pour l’empereur, Clyandre. A-t-il pu vous parler ?

– Oui et non ! par deux fois il m’a parlé de sujets très importants et a voulu me révéler un secret et par deux fois il a eu des visions qui l’ont terrorisé. J’avais beau regarder dans la même direction que lui, je n’ai rien vu. Tout cela ne me plait pas Docteur Loupas. Vous avez une explication ?

– J’en ai bien une, mais je ne sais même pas si elle peut être mise en application. Sa réaction, telle que vous me la décrivez, me fait penser à une hypno suggestion.

– C’est également l’idée qui m’a traversé l’esprit, mais en dehors de vous, du prince et de moi-même, personne n’a approché l’empereur ces derniers temps. Et le prince n’a jamais été seul auprès de son père lorsque j’étais avec lui.

– Avec moi non plus, à chaque fois qu’il est venu au chevet de l’empereur j’étais présent, il n’est jamais resté seul avec lui.

– Pensez-vous docteur qu’il soit possible de mettre en place une hypno suggestion sans un contact visuel ou auditif ?

– En théorie, c’est impossible. Mais je me méfie de ce docteur Themor. Il ne me plaît pas et je le soupçonne de faire des expériences que la déontologie réprouve.

– Moi non plus, il ne me plaît pas. J’ai toujours l’impression qu’il prépare un mauvais coup. Entre lui et Darnouar l’empire n’a jamais été entre de si mauvaises mains.

– Vous avez raison Clyandre, une telle conjoncture ne s’est jamais produite. Heureusement que les conseillers spéciaux de l’empereur sont là !

– Oui, heureusement qu’ils sont là. Avec eux, je me sens plus rassuré, même si leur aspect est mystérieux. En leur présence, on ressent une sagesse et une sérénité qui vous envahit et vous donne espoir dans l’avenir. D’ailleurs, depuis qu’ils sont au service des empereurs, il n’y a jamais eu de conflit au sein de l’empire. Uniquement des extensions jusqu’aux confins de la galaxie. En y repensant, savez-vous depuis quand ils sont au service des empereurs ? J’ai l’impression qu’ils ont toujours été présents.

– Je suis comme vous, j’ai l’impression qu’ils ont toujours été présents.

– Les dernières paroles de l’empereur les concernaient. Il a voulu me révéler leur identité, mais n’a pas pu, de nouveau victime de ces apparitions.

– Tout ceci est troublant Clyandre ! je vais faire des recherches sur ces symptômes. Maintenant il faut prévenir le Prince et le Grand Chambellan.

Sur ces paroles, le docteur Loupas appela, au moyen de son BREF, le prince Darnouar et le Grand Chambellan Alftor.

∞∞∞∞∞∞∞∞

– Docteur Themor, nous passons à la deuxième étape de notre plan !

– Voulez-vous dire que l’empereur est mort ?

– En effet, le docteur Loupas m’a appelé il y a une quinzaine de dulls.

– Savez-vous s’il a un soupçon sur les hallucinations de l’empereur ?

– Je ne pense pas que ce soit le moment d’aborder ce sujet Docteur. Je serai amené à répondre à quelques questions d’ici peu de temps. Plus exactement après les cérémonies de funérailles de l’empereur. Même si je serai l’empereur en titre, je ne pourrai pas échapper à quelques interrogations !

– Excusez-moi Prince Darnouar, mais je suis tellement excité que j’en oublierais les convenances !

– Expliquez-moi en quelques mots ce qui a provoqué ces hallucinations et en quoi elles consistaient.

– Vous connaissez le cocktail que j’avais préparé pour Cenouar. Celui de l’empereur avait les mêmes effets sur l’organisme, mais j’y ai ajouté quelques substances sur lesquelles je travaillai depuis cinq cycles. Ces dernières ont un effet sur le psychisme et provoquent des hallucinations lorsque le patient veut révéler un secret.

– Comment peuvent-elles agir sans une hypno suggestion ? demanda Darnouar.

– Lorsqu’une personne s’apprête à révéler un secret, elle se met en état de stress, car un secret ne doit pas être révélé. Or elle s’apprête à le faire ! son cerveau sécrète alors plusieurs hormones dont les quantités varient en fonction du type de stress. Dans le cas qui nous intéresse, j’ai pu déterminer le dosage exact de chacune d’entre elle. Le produit que j’ai ajouté au cocktail initial s’active dans l’organisme lorsque ces quantités sont atteintes et entraîne à son tour l’activation d’autres substances naturelles qui provoquent des hallucinations.

– Qui choisit les hallucinations qui sont imposées à l’esprit ?

La victime elle-même !

– Comment cela est-il possible ?

– Une des substances que j’ai ajoutée exacerbe les pires phobies que la personne peut avoir. Elle provoque de façon naturelle une amplification à l’extrême de ses phobies et la victime s’en fait une représentation bien plus terrifiante que si on lui avait imposé une image. Plus elle s‘efforce à vouloir révéler son secret, plus les hallucinations lui paraissent réelles et provoquent une peur panique.

– Peut-elle forcer ce blocage ?

– Cela lui est totalement impossible car son organisme réagit tellement à ces hallucinations qui sont de plus en plus fortes que le cœur s’emballe et la victime meurt par arrêt cardiaque !

– Une dernière question docteur, votre cocktail est-il détectable après le décès de la victime ?

– Les quantités de la substance injectée dans le corps sont si infimes qu’il est pratiquement impossible de la détecter. D’autre part il faudrait chercher une molécule très précise pour pouvoir l’isoler. Croyez-moi Prince Darnouar, il n’y a aucune chance pour que cela arrive. Et dans quelques dells, voire quelques jours la décomposition du corps en aura fait disparaître toutes les traces.

– Merci docteur pour vos explications. Je vous laisse, maintenant. Vous et moi avons beaucoup à faire dans les jours et dolls à venir.

∞∞∞∞∞∞∞∞

– Je redoutais votre appel, Docteur Loupas !

– Je vous comprends, Grand Chambellan Alftor. C’est pourquoi je vous ai informé régulièrement de l’état de santé de l’empereur ces derniers dolls et plus encore ces derniers dells.

– Et je vous en remercie Docteur, j’ai pu prendre des dispositions pour les préparatifs. Vous savez que l’empire n’a jamais été aussi étendu. Nous ne pourrons jamais recevoir ne serait-ce qu’un représentant de chaque monde, imaginez plus d’un million de créatures de toutes sortes pour les funérailles de l’empereur !

– Avez-vous trouvé une solution Grand Chambellan ?

– Oui, un peu grâce à vous car j’ai pu demander de l’aide à Clyandre.

– A Clyandre ? Il ne m’en a pas parlé.

– Je pense qu’il a d’autres soucis et puis ce n’est pas directement lui qui s’en est occupé, mais ses services, qui sont vraiment très compétents. En fait la solution est simplissime.

– Vous me faites languir Grand Chambellan !

– Excusez-moi Docteur. Il y aura exactement neuf mille représentants. Chacun représentera un secteur galactique.

– C’est une idée géniale Grand Chambellan, mais comment désigner le représentant de plusieurs milliers de monde. Il va y avoir des jalousies et des laissés pour compte immanquablement !

– C’est là qu’intervient la deuxième idée géniale Docteur. C’est chaque secteur galactique qui nomme son représentant. C’est pourquoi les funérailles n’auront lieu que dans un doll.

– Un doll ! mais ce n’est pas possible Grand Chambellan. Dans quel état va se trouver le corps. N’oubliez pas que chaque empereur se présente une dernière fois à ses peuples vassaux dans sa châsse.

– C’est là qu’intervient la troisième idée géniale Docteur ! et c’est vous qui m’y avez fait penser en me décrivant ses symptômes.

– Expliquez-vous Grand Chambellan !

– En demandant à Clyandre de m’aider à trouver une solution pour résoudre le problème des représentants, je lui ai parlé des hallucinations de l’empereur. Il en a été très marqué car il était présent lors d’une de ces manifestations. Lui aussi se pose des questions et soupçonne qu’une substance quelconque a été administrée à l’empereur. Je lui ai demandé s’il était possible de détecter cette prétendue substance. Selon lui nous n’aurons pas le temps d’autant plus que nous ne savons pas quoi chercher. Je lui ai alors dit qu’il faudrait pouvoir figer le temps en espérant qu’un jour prochain on sache quoi chercher. Il m’a alors regardé en me disant que c’était la solution !

– Mais, Grand Chambellan, on ne sait pas figer le temps !

– Bien sûr Docteur, Clyandre va figer le corps de l’empereur au lieu de figer le temps. Ainsi il restera totalement intact jusqu’à ce qu’on trouve un moyen technique ou chimique d’identifier les substances qu’il contient. Nous saurons alors si l’empereur a été soumis à un traitement qui l’aurait entraîné dans cette spirale fatidique.

– Savez-vous qu’elle technique il compte utiliser ?

– Oui, mais je ne suis pas scientifique et je n’ai pas tout compris. En résumé et en faisant simple, il va mettre ou a déjà mis le corps de l’empereur dans un caisson transparent et totalement hermétique. Puis il injectera un gaz qui gèlera le corps en moins d’un dull à une température de moins 276 tupes. Cette technique maintiendra le corps dans l’état où il se trouvait lors de la mise en caisson, mais gelé.

– Qui est au courant ?

– Maintenant nous sommes trois, Docteur, et je souhaite que Clyandre trouve un jour une solution pour identifier tout ce qui n’aurait pas dû être dans le corps de l’empereur.

– Je le souhaite aussi Grand Chambellan, il faudra être extrêmement prudent. Si Darnouar avait le moindre soupçon, je ne donnerais pas cher de nos vies.

∞∞∞∞∞∞∞∞

– Enfin Grand Chambellan Alftor, je vous trouve ! je sais que vous êtes très occupé par les préparatifs des funérailles et de mon sacre par la même occasion, mais il faut que nous réglions quelques petits problèmes, dit Darnouar.

– Je suis à votre disposition Prince Darnouar. Souhaitez-vous aller dans un lieu particulier ?

– Non, allons marcher dans les jardins, ce sera parfait, un peu d’air frais me fera le plus grand bien. Vous aussi, vous avez une mine d’enterrement, si je puis faire ce mauvais jeu de mot !

– Ces deux cérémonies cumulées, qui font partie de notre histoire et qui n’arrivent que tous les 250 à 300 cycles, sont un vrai challenge, Prince. J’ai pu régler le problème du nombre d’invités, c’est déjà une épine en moins.

– Voilà qui me ravit, comment êtes-vous parvenu en si peu de temps à un tel résultat ?

– C’est aussi grâce à la précieuse aide des assistants du COPE, qui ont trouvé la solution en un temps record. Elle consiste à demander aux secteurs galactiques de nommer eux-mêmes un représentant qui assistera aux deux cérémonies. Il y aura donc neuf mille invités qui s’ajouteront à ceux de Malok.

– Ceci implique que les Kamélions ne seront peut-être pas présents ? si je vous comprends bien Grand Chambellan.

– A ce jour il est en effet impossible de savoir si le représentant du secteur C3H10B4 sera un Kamélion. Est-ce que cela pose un problème Prince ?

La galaxie a été divisée en un volume comprenant un côté (C), un haut (H) et un bas (B) de cinq cents CL chacun. Il y a 10 C, 30 H et 30B, soit 9000 cubes. Chacun représente un secteur spatial identifié par son numéro allant de C1H1B1 à C10H30B30.

CL ou Cycle Lumière correspond à la distance parcourue par la lumière en un cycle. Le cycle est propre à chaque planète, il a donc été pris comme référence la durée du cycle de la planète impériale, c’est-à-dire Malok. Sur cette base, le CL vaut 1 977 839 lades, souvent arrondi à 1 978 000.

Darnouar était contrarié, cela remettait son plan en cause. Il allait devoir faire des modifications au dernier moment et il n’aimait pas du tout cela. Mais il ne pouvait pas faire part de son plan au Grand Chambellan et il ne devait pas lui laisser voir sa contrariété.

– J’avais espéré que le peuple le plus belliqueux de la galaxie aurait son représentant qui se serait prosterné devant moi. Cela aurait montré à l’ensemble des peuples que je suis craint et que l’on doit me respecter.

– Je vous assure que vous êtes respecté Prince Darnouar et vous le serez encore plus en tant que Malok 13.

– Je ne suis ni naïf, ni dupe Grand Chambellan ! les secteurs ont déjà été avisés je suppose ?

– Oui, Prince. Ils ont commencé à mettre en place l’organisation nécessaire pour désigner leur représentant.

– Puisque c’est ainsi, j’exige que les cérémonies soient retransmises sur chaque planète habitée de la galaxie. Vous avez bien compris Grand Chambellan, sur chacune !

– J’avais anticipé votre demande Prince et j’ai demandé que les dispositions soient prises dans ce sens.

– Très bien Grand Chambellan, maintenant je dois vous laisser, j’ai moi aussi un agenda très chargé.

Sans attendre de réponse, Darnouar tourna les talons et rentra au palais. A ce moment-là une averse se déclencha. L’AISPACE du prince se déploya et vint se placer au-dessus de sa tête.

AISPACE ou Appareil Individuel Sensitif de Protection Aérienne Contre les Eléments est un appareil qui se loge autour du cou de son porteur. Il se confond avec le col du vêtement, restant ainsi très discret. Avant que les premières gouttes ne tombent, il se déplace au-dessus de la tête du porteur et se déploie en forme de disque, suffisamment large pour protéger la personne. Dès que la pluie cesse, il se remet en position autour du col. Il protège également son porteur contre les rayons du soleil, lorsque ceux-ci sont trop forts et risquent de provoquer des coups de soleil.

Dès que le prince entra dans le palais, l’AISPACE se replia pour reprendre sa position autour de son col.

∞∞∞∞∞∞∞∞

– Mulhei, il faut revoir nos plans ! rejoignez-moi dans mes appartements !

Darnouar refit le point sur ses plans et les derniers évènements. Ce que venait de lui apprendre Alftor ne compromettait pas ses plans mais l’obligeait à les modifier. Il pestait intérieurement contre le Grand Chambellan qui avait pris des initiatives sans lui en référer, à lui, le prochain empereur. Il n’était pas trop tard heureusement pour mettre en place les mesures correctives pour que le plan se déroule comme prévu et atteigne ses objectifs finaux.

Il revit chaque étape de son plan, patiemment élaboré depuis plus de cinq cycles. Comme dans un jeu de stratégie, il avait placé ses pions, porté ses coups dans le plus grand secret sans que personne ne soupçonne quoi que ce soit.

Celui qui lui avait permis d’avancer de façon décisive était Clyandre qui l’avait préparé aux épreuves indispensables pour tenir son nouveau poste. Si le prince avait pu sortir vainqueur de chaque épreuve, c’était bien grâce au conseiller particulier de l’empereur qui avait joué un double jeu dont seul Darnouar était au courant. Et pour cause, c’est lui qui avait monté tout le plan depuis le début ! Pour arriver à ses fins Darnouar avait eu recours aux services très spéciaux du docteur Themor pour empoisonner Lova’m. Sachant Clyandre éperdument amoureux de sa femme, il avait eu l’idée de s’en servir comme d’un levier pour agir sur le COPE. Et cela avait fonctionné au-delà de ses espérances. Il revoyait la réaction de Clyandre lorsqu’il lui annonça qu’il avait injecté un poison à Lova’m et que sans antidote, elle était condamnée. Il lui en fit la démonstration en déclenchant l’impulsion de son BREF. Lorsqu’un doll plus tard, Lova’m commença à ressentir les premiers effets du poison, Clyandre se précipita dans les appartements du prince, le suppliant de fournir à Lova’m le contrepoison. Darnouar avait alors laissé entendre au COPE qu’il n’était pas tout à fait persuadé de son dévouement à son égard et qu’il devait encore y réfléchir. A chaque dell, Lova’m ressentait une vive douleur dans le bras et cela inquiétait Clyandre. Selon Darnouar, après le premier symptôme il lui resterait six dells à vivre et déjà quatre dells s’étaient écoulés. Au cinquième dell Clyandre ne tenait plus sur place et s’était précipité dans les appartements du prince, sans y avoir été convié. Il avait promis à Darnouar qu’il ferait absolument tout ce qu’il voudrait, à condition qu’il fournisse à Lova’m l’antidote avant le sixième dell.

Darnouar avait bien évidemment enregistré cet entretien et précisé à Clyandre qu’il n’hésiterait pas à le diffuser largement s’il ne tenait pas sa promesse, sans parler de l’antidote qui ne serait pas fourni à Lova’m la fois suivante.

Satisfait de la tournure des évènements, il avait fourni à la femme du COPE l’impulsion libératrice seulement deux cents dulls avant le moment fatidique.

Ainsi, Clyandre avait truqué toutes les épreuves auxquelles avait été soumis le prince pour qu’il en sorte vainqueur, tout en donnant l’impression qu’il avait brillamment réussi. Le seul qui avait failli tout faire rater était ce général Winchur qui s’était précipité sur Prim au plus mauvais moment et avait tout découvert. Bien sûr, il n’avait rien dit sur le moment, mais il avait compris que Darnouar avait utilisé un déflecteur couplé à un hologramme pour tromper le caméraptor, de là à supposer que le prince avait truqué les autres épreuves il n’y avait qu’un pas, que le général se serait empressé de franchir. Il ne fallait pas être devin pour comprendre que les instruments interdits que le prince avait fait passer ne pouvaient l’avoir été sans l’aide de Clyandre. Darnouar n’avait eu d’autre choix que de se débarrasser du général. Sa relation ou plus exactement sa mainmise sur Clyandre devait rester secrète. Le seul qui pouvait se douter de quelque chose était le docteur Themor, mais il avait beaucoup trop à perdre. Son laboratoire secret, des créatures de toutes sortes en quantité quasi illimitée, une liberté totale pour effectuer ses expériences, tout cela n’avait pas de prix pour le docteur. De ce côté-là Darnouar était serein, ce qui l’arrangeait car lui aussi avait besoin du brave docteur pour la poursuite de ses plans.

Malgré toutes ces précautions, le prince était fermement convaincu que Clyandre le trahirait à la première occasion. Il devrait se montrer méfiant et ne jamais baisser sa vigilance vis-à-vis du COPE.

Mulhei s’annonça, il allait lui fournir les moyens de poursuivre son but et d’atteindre son objectif.

– Que se passe t’il Prince Darnouar ? Y aurait-il un problème ?

– Oui, mais pas insurmontable. Figure-toi que le Grand Chambellan a décidé de n’inviter que neuf mille représentants pour assister aux funérailles de Malok 12 !

– Et ?

– Il a demandé aux secteurs galactiques de désigner eux-mêmes leur représentant !

– Je vois où vous voulez en venir. Selon les règles définies par le Grand Chambellan nous ne pouvons pas connaître l’identité des peuples qui enverront un des leurs pour représenter leur secteur. Notre action contre les Kamélions n’aura plus du tout le même impact.

– D’une part, mais n’oublie pas que notre plan prévoyait que je désigne le représentant de la planète Kam comme source de perturbations insoutenables et inacceptables, qui devait aboutir à une démonstration de force du nouvel empereur, donc de moi !

– Y a-t-il moyen de faire pencher le choix du secteur C3H10B4 pour la planète Kam ?

– Je me suis posé la question, car nous ne connaissons par le type de sélection que vont choisir les peuples du secteur. Nous n’avons pas le temps d’intervenir pour orienter les résultats en notre faveur d’une part, d’autre part cela nécessiterait l’intervention du COPE et je ne veux pas le solliciter sans arrêt. Il faut qu’il passe du temps auprès de sa femme, c’est primordial.

– Dans ce cas, je ne vois qu’une issue, c’est de trouver une raison plausible de désigner les Kamélions comme dangereux pour l’empire voire comme meneurs de la rébellion menée par la COGASE.

– C’est exactement ce qu’il me faut ! les faire passer comme instigateurs d’une rébellion contre l’empire. Et leur caractère belliqueux va nous aider. Peux-tu monter un visiogramme pour le jour de mon sacre dans lequel l’implication des Kamélions dans les évènements en cours, aux confins de la galaxie, ne fera aucun doute ?

Le visiogramme est un film holographique qui peut être diffusé soit à partir d’un BREF, soit à partir d’un dispositif fixe destiné à une projection pour de nombreuses personnes. Le film apparaît en trois dimensions devant les spectateurs et il est d’un réalisme saisissant.

– Cela ne devrait poser aucun problème Prince. Vous pouvez compter sur mes équipes et sur moi-même, nous allons vous préparer un document qui fera plus vrai que nature et provoquera un choc parmi les invités.

– Parfait Mulhei ! encore une chose avant de te laisser. Je t’avais demandé de suivre les deux vaisseaux Fortains qui avaient quitté leur planète peu après la disparition des Conseillers spéciaux. As-tu des nouvelles ?

– Selon le dernier rapport que j’ai reçu, l’un s’est dirigé vers le sud de la galaxie et l’autre vers le nord. Comme vous me l’aviez demandé, je les ai fait surveiller à distance. Ils sont toujours dans les limites de la galaxie et leur sortie est estimée à environ un doll s’ils continuent à la même vitesse. Ils n’ont fait aucune escale et suivent leur trajectoire initiale. Souhaitez-vous que je les fasse intercepter ?

– Non, continue la surveillance à distance en restant discret.

∞∞∞∞∞∞∞∞

Dans toute la galaxie les préparatifs pour désigner le représentant aux funérailles de l’empereur allaient bon train.

Dans la plupart des secteurs la solution retenue consistait à élire le membre du peuple qui présenterait le meilleur discours. Outre l’aspect physique, l’aspect vestimentaire, l’élocution, le comportement et le charisme du candidat étaient pris en compte dans le vote. Le jury était composé des sages siégeant au conseil du secteur galactique.

Chaque secteur était organisé de la même façon depuis que l’empire dominait la galaxie.

Un conseil des sages prenait les décisions importantes pour l’ensemble du secteur et était chargé de faire appliquer les directives de l’empereur.

Chaque conseil des sages comportait un représentant de chaque peuple, qu’il soit important ou pas. Ainsi certains peuples avaient colonisé de nombreuses planètes alors que d’autres n’étaient installés que sur une seule planète.

Afin de limiter le nombre de conseillers lors des grandes réunions galactiques, l’empereur avait imposé à chaque conseil des sages de désigner un représentant impérial plénipotentiaire par secteur galactique.

Le prince, dans sa magnanimité avait laissé les conseils des sages libres de choisir la manière de sélectionner celui qui les représenterait. La plupart des secteurs avaient organisé des primaires en vue de choisir les candidats au poste. Ensuite une ultime élection avait permis de connaître le candidat final.

Quelques secteurs qui comprenaient des peuples dominants par le nombre de planètes habitées avaient décidé que le choix du candidat au poste de conseiller impérial se ferait à la proportionnelle. Les peuples les plus nombreux ayant plus de chances de voir un de leur représentant être élu.

Dans d’autres secteurs un choix différent avait été fait. Ainsi, dans le secteur C5H15B15 auquel appartenait la planète Forta, le conseil des sages avait décidé d’un commun accord de nommer le représentant du peuple Fortain, Fraben, comme conseiller impérial. Ce choix n’avait pas fait l’objet d’une élection mais d’une proposition de plusieurs conseillers de différents peuples. Il faut dire que le Fortain, avec ses quinze ludes de haut ne passait pas inaperçu. Etonnamment cet être, presque monstrueux, était d’un calme total et lorsqu’il prenait la parole, il imposait le silence autour de lui. Il était doté d’un organe vocal si puissant que lorsqu’il élevait un tant soit peu la voix, ses voisins devaient se couvrir les organes auditifs.

Pourtant, les Fortains ne constituaient pas le peuple le plus nombreux dans ce secteur et loin s’en fallait puisqu’ils n’occupaient qu’une petite planète alors que d’autres peuples étaient installés sur plusieurs dizaines de planètes. Mais leur aspect et leur sagesse faisaient d’eux des plénipotentiaires tout désignés. Le conseiller Fraben s’était déplacé sur chaque planète du secteur pour se présenter aux autorités locales et leur expliquer comment il envisageait la charge de conseiller impérial du secteur C5H15B15. Cette démarche avait été appréciée et son physique, son calme et son charisme avaient fait le reste.

Dans le secteur C3H10B4, le conseil des sages avait opté pour une primaire à la proportionnelle suivie d’un vote afin de choisir l’élu parmi les candidats issus de cette première étape. Pourtant le conseiller Kamélion s’était proposé pour tenir le rôle de conseiller impérial, mais de nombreux représentants voyaient cette proposition d’un mauvais œil. Les Kamélions étaient connus pour leur caractère belliqueux et leur manque d’impartialité, ce qui ne convenait pas vraiment pour un poste de plénipotentiaire !

Les Kamélions ne représentaient pas le peuple le plus nombreux dans ce secteur galactique puisqu’ils n’avaient colonisé qu’une dizaine de planètes contrairement aux Mamush qui en occupaient près de cent. Le choix exprimé par la grande majorité des sages d’élire le conseiller impérial par un vote parmi les candidats issus d’une primaire à la proportionnelle n’avait pas été bien accueilli par les Kamélions. Ils se retrouvaient en minorité et savaient que les votes des sages iraient vers un candidat plus diplomate que le leur.

C’est effectivement ce qui se passa et c’est le représentant Mamush qui fut désigné par le conseil des sages pour être le conseiller impérial du secteur galactique C3H10B4.

∞∞∞∞∞∞∞∞

A la demande du général en chef des armées de l’empire, le général Maugam, une partie des hauts officiers de l’empire, triés sur le volet, était rassemblée dans la grande salle de l’état-major pour une allocution extraordinaire du prince Darnouar.

L’ordre reçu par le général précisait que cette réunion de courtoisie avait pour but de présenter au futur empereur une grande partie des hauts officiers de l’empire et qu’un repas en toute convivialité suivrait cette cérémonie. A cet ordre était jointe une liste des officiers conviés à cet évènement hors du commun dans la vie d’un gradé. Car il était très rare qu’un empereur se déplace lui-même pour rencontrer les officiers de ses armées. De souvenir cela n’était arrivé qu’une seule fois dans l’histoire de l’empire. Cela avait eu lieu lorsque l’empereur Warnouar avait pris le pouvoir.

Tous étaient présents dans la grande salle, impatients de voir le futur empereur. Oh bien sûr, ils avaient déjà vu des hologrammes ou des visiogrammes du prince Darnouar, mais aucun ne l’avait approché d’aussi près.

Lorsqu’il entra dans la pièce et monta sur l’estrade, ils furent dans l’ensemble un peu déçus car ils s’attendaient à un Malokrian plus grand que celui qu’ils avaient face à eux.

Lorsqu’il prit la parole, ils furent rassurés car le futur empereur faisait l’éloge de l’armée et insistait sur les besoins de disposer d’une force de frappe proportionnée aux périls auxquels était confrontée une galaxie comme Mavil. Il insista sur les évènements des derniers dolls dans les confins nord et est de la galaxie et du rôle probable de la COGASE dans ceux-ci. Il se montra même inflexible en précisant que de tels évènements étaient intolérables dans une galaxie en paix et que tout devait être mis en œuvre pour réduire à néant ces escarmouches. C’était le rôle de l’armée et l’armée c’était eux, ces officiers qu’il avait devant lui et en qui il avait une confiance infaillible.

Il fut applaudi par tous les hauts officiers debout qui voyaient en lui un soutien dont ils avaient bien besoin en temps de paix.

Aussi quand il les convia à un goulasch impérial, un tonnerre d’applaudissements suivit sa déclaration.

Presque tous les hauts officiers étaient présents au repas, soit très exactement 8085. Le général Maugam avait fait part de son étonnement au prince Darnouar en remarquant qu’il manquait 915 hauts officiers sur la liste. En effet, chaque secteur galactique était sous les ordres d’un haut officier de l’armée. Il y en avait donc un peu plus de 9000 au sein de l’empire, en fait très exactement 10500. Quelques hauts officiers occupaient des postes sensibles tels que les communications, les approvisionnements en armements, les grandes orientations, la stratégie etc.

Le prince avait répondu au général qu’une deuxième cérémonie était prévue quelques dolls plus tard et qu’ils feraient partie des invités. Surpris de la disproportion des effectifs entre les deux cérémonies, le général Maugam n’avait pas manqué d’en faire part au prince. Celui-ci lui avait répondu que les hauts officiers invités à la deuxième cérémonie étaient ceux des secteurs en bordure nord et est de la galaxie soumis aux escarmouches et qu’il était préférable de s’organiser avant de leur faire quitter leur poste. Cet argument avait eu l’effet escompté par le prince. Le général s’était rangé à l’avis du futur empereur et n’avait plus abordé le sujet.

En fait, les secteurs touchés par les escarmouches étaient au nombre de 750. A ceux-ci, il fallait ajouter 165 hauts officiers répartis dans des postes clés tels que les communications, les grandes orientations, la recherche. Tous les hauts officiers de la deuxième cérémonie étaient dévoués au prince Darnouar.

Le prince envoya un message au haut officier Ervoman en lui indiquant que le moment était venu et qu’il devait se préparer à prendre au plus tôt ses nouvelles fonctions de général en chef des armées.